mercredi 22 juillet 2009
LES LOUVES IV
Le Loup, tout près maintenant, la transperce de son regard d'acier. Et elle se met à danser pour lui. Étrange ballet dans lequel elle se lâche dans une lubricité qu'elle ne soupçonnait pas. Elle n'est plus que la femelle qui implore le mâle. Elle glisse, elle rampe, elle ondule, se couche, plie et détend sa nudité pour l'ériger comme un appel hurlé à l'accouplement. A genoux, rejetée en arrière, elle lui présente son sexe dévasté d'un feu qui transcende toute frontière entre les êtres vivants. Elle a envie de lui, de sa meute, des arbres, des herbes, des fleurs, des astres, de la terre, des nuages, qu'ils la prennent, la possèdent. En s'unissant au Loup, elle veut copuler avec la nature entière, la faire jouir et en jouir. Jamais encore, elle ne s'est sentie à ce point en gésine de désir, de plaisir, toute entière dominée par un sexe qui bande. Ce phallus qui étincelle comme un poignard est prêt pour sa mise à mort. Elle n'en éprouve aucune crainte. Dans le monde où elle est, la mort n'existe pas. La vie, dans l'unité de sa multiplicité s'est emparé d'elle et elle en vibre, en gronde, comme un volcan au bord d'un grand débordement qui va tout ravager pour que tout en renaisse. Peu lui importe que qui adviendra.
Elle se couche sous la Bête et s'accroche au corps du fauve. En proie à une gourmandise frénétique, elle s'approche de son sexe dressé et le porte à ses lèvres. Elle l'absorbe, le suce, se regale de sa saveur, de son velouté pendant que le Loup la lèche avec une douceur infinie. La fourrure entre ses cuisses la rend folle. Elle finit par croire qu'il est à elle, qu'il lui appartient. Elle pense se l'être approprié, l'avoir fait sien, intégré à sa propre chair. Être mâle à son tour.
Mais le Loup, mais est – ce encore un loup ou un homme, elle ne sait pas, le Loup se dégage de son éteinte et la couche sur le ventre. Elle se redresse et se met instinctivement à quatre pattes, la croupe relevée et offerte, dans l'attitude commune à toutes les femelles animales.
L'odeur de l'humus lui remplit la bouche. Et il lui montre brutalement que c'est lui le Maître. Il la frappe, la griffe, la mord. Quand il la saisit à la nuque entre ses crocs, elle pense fugacement qu'elle va mourir, immolée à une divinité cruelle et inconnue. Une myriade de picotements se diffuse dans son corps. Des bouffées de chaleur lui ravage les seins. Quant il enfouit son sexe jusqu'au fond de ses entrailles avec une douloureuse douceur, l'espace tout entier se met à crépiter comme du bois sec dans un embrasement général. Des milliards d'étincelles, de flammèches jaillissent de partout. Des boules de feu bondissent. La forêt sue par tous ses pores et sa sueur retombe en pluie drue et chaude. C'est une folie, la folie de la création du monde, de l'instant du big bang, du premier matin où tout s'est réalisé. La vie fuse, puissante, indestructible, féconde à l'infini. Le Loup fait preuve d'une parfaite maîtrise de lui – même. A le croire presque étranger à ce qui se passe, comme un maître de cérémonie seulement concerné par l'ordonnancement des choses. Attentif aux palpitations de sa vulve, il ne jouira que lorsqu'elle sera prête à jouir de son éjaculation. Il ne la couvre que pour atteindre leurs deux orgasmes simultanés qui les emporteront vers ces contrées primitives de lui seul connues et auxquelles il l'initie.
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