Nexus / Sexus

Éros est un dieu libertin et anar qui prend plaisir à semer le désordre dans le coeur des hommes, se jouant de leurs lois pour n'en respecter qu'une seule, celle de l'Amour et du Sexe, cette grande force créatrice dont il est question ici.

mardi 3 mars 2009

LE PAÏEN INITIÉ 1

Comme comme tout honnête païen, je suis un rescapé du judéo - christianisme et de ses avatars. J’ai grandi dans la terreur d’un dieu que l’on me disait bon et qui m’ordonnait de torturer mon corps, d’étouffer les pulsion de l’enfant pervers polymorphe que j’étais, qui allait me punir pour le moindre acte masturbatoire. Mon destin était celui d’un castrat dont famille, école, religion, travaillaient à extirper le principe dynamique même de sa nature, son énergie vitale, son essence, sa quintessence, autrement sa force sexuelle. On m’enseignait la honte, le mépris, le dégoût d’un corps, le mien, sensé porter une “belle âme, un pur esprit”, promis eux à une jouissance éternelle qui m’était interdite dans l’immédiateté de mon incarnation.

Quoiqu’il en fut, je ressentais le désir et finis par découvrir, dans mes doigts, le plaisir. J’ouvrais ainsi la porte à la bestialité de la nature. L’exploration de ma sexualité me transformait en un jeune, vigoureux et fertile  animal. Je ressentais comme une brûlure sur ma peau l’érotisme violent de la Nature qui animait le minéral, le végétal, l’animal. Les pierres chauffées à blanc par l’été, le bruit du vent dans les feuilles, l’odeur puissante des bêtes, tout m’était sensualité. Je me sentais propulsé par une force incontrôlable vers le grand mystère qui se cachait sous les jupes des filles. Et quand je découvris, enfin, le secret que leur cuisses recelaient, les femmes devinrent le centre, le pivot de mon existence. Partout, ce n’était qu’images de femme jaillissantes d’un bloc de roches, de l’eau du fleuve natal, d’une fleur. Cerné par ces images de femmes organiques, orgasmiques,  ma chair  heureuse, radieuse ne voulait rien d’autre que de surfer sur des vagues qu’irradiaient leur vagin.

J’ai eu la chance de rencontrer de ces femmes magiques qui, actives, prennent l'initiative érotique, désireuses d'expériences pour leur seul plaisir, en dehors de toute velléité de reproductrice, ne voulant engendrer que de la volupté, considérant que tel était non pas leur destin, mais leur fonction primordiale.


Comme les antiques prostituées sacrées, ces sorcières superbes par essence m’initièrent avec patience et douceur au désir, énergie puissance de vie, antagoniste des pulsions de mort et au plaisir, porte ouverte sur la création. Dans les caresses de leur corps voluptueux et féconds, dans leurs orgasmes longs et onduleux qui venaient du plus profond de leurs entrailles, la vie croissait, s’épanouissait, décroissait, s’évanouissait pour renaître dans un cycle perpétuel. Leur entre cuisses m’était une corne d’abondance qui déversait sans compter de fertiles et vitales semences.

En jouissant en elles, je ne perdais rien mais je devenais au contraire un homme à la puissance au delà de toute divinité jetée aux poubelles des vieilles croyances inutiles et trompeuses depuis longtemps. J’avais perdu toute méfiance, toute crainte de ce phallus dont on avait voulu me débarrasser. Le vagin n’était plus ce gouffre menaçant dans lequel j’étais sensé être dévoré. A sentir, regarder, toucher, entendre, goûter leur beauté, j’atteignais des sommets sur lesquels mon plaisir était pouvoir sur moi - même, fusion avec la création dans un désir universel.


08

Posté par francoisdalayrac à 12:30 - ÉROS EN DIRECT - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


LE PAÏEN INITIÉ 2

Présente et active dès la naissance, et qui sait, déjà dans le ventre de la mère, la sexualité est une composante essentielle, nécessaire de l’épanouissement personnel. Elle impulse la maturation de l’enfant et préside à la transformation de l’être. Elle est bien plus qu’un comportement réduit à une simple génitalité. Elle est un mode de pensée, le moteur de la pensée, comme de toutes les activités minérales, végétales, animales, humaines.

Alors, aux ordures, le vieil idéal ascétique, la misogynie, la haine du corps, la condamnation de la chair et de ses exigences, le pouvoir absolu du mâle, le mépris de la femelle, le désintérêt de son plaisir! Je ne veux vivre, depuis longtemps et jusqu’à la fin de mes jours, un éros ludique, léger, solaire, dans la liberté amoureuse, la chair sans culpabilité, une égalité naturelle. Aux ordures, le vieux fantasme du corps séraphique diffusant ses effluves de sainteté, le mythe de la belle âme dans un corps d’avorton, cadavre en puissance! Aux ordures la chasteté, la continence, la virginité! Il est temps d’ouvrir les portes et les fenêtres à la vie.

Comme je ne crois ni à dieu ni au diable, je ne crois ni à l’âme ni à l’esprit. Je ne crois qu’au corps et à ses sensations. Contre le mépris de ce dernier, je prêche pour la prise en compte des sens, des passions, de la chair. La pensée elle - même émane du corps et de ses sensations. Il n’est donc pas de pensée viable dans un corps martyrisé aux sensations refoulées par ce que le grand Nietzsche appelle “l’idéal ascétique”. Note d’humour : lorsque nos compagnes prétendent que nous pensons avec notre pénis, elles n’ont certainement pas tort. Elles oublient simplement qu’elles pensent avec leur ovaires!

Prétendre que l’érotisme est l’apanage de la sexualité humaine et qu’il apporte à la pulsion une dimension morale est non seulement une imbécillité, mais aussi la preuve d’une ignorance totale de la Nature humainement recréée, en fait déformée par leurs extravagances, par  les mutilés du ventre. La Nature est, par ... nature, érotique et elle n’a aucune morale. La Nature est par essence jouisseuse. Et tout ce qui existe procède, est animé par cette volonté de jouissance. Comme elle est commune à tous, je peux moi, humain, jouir avec une pierre, une fleur, un arbre, un animal, avec l’eau, le vent, le ciel, la terre. Comme avec l’une de mes semblables. Le plaisir est le même, seule change la forme. La sexualité est la modalité essentielle de notre rapport avec la Nature.

Et c’est avec le corps de l’Autre et le nôtre, autrement dit, la matérialité, que nous établissons un rapport privilégié au monde, que nous pensons le monde, que nous agissons au monde. Cela signifie que notre relation à l’Autre étant par essence érotique, notre relation au monde est, ipso facto, érotique. L’idéal ascétique, contempteur du désir, fausse cette relation au monde. Nous ne pouvons avoir de rapport équilibré au monde sans avoir une sexualité épanouie et épanouissante. Et sans ce rapport équilibré au monde, nous ne pouvons avoir de rapport harmonieux à nous - mêmes.

En ce qui me concerne, je me suis réconcilié avec moi - même et avec le monde le jour où je me suis accepté comme un être sexué, muni d’un phallus et quand j’ai simultanément accepté l’Autre comme un être sexué accueillant le phallus dont je suis porteur. Entre cette Autre et moi a pu alors se mettre en place et se développer une relation dans laquelle le désir ne m’est jamais manque mais plénitude. Il n’est pas vide à combler puisqu’il est virilité et féminité pleinement assumées et  auxquelles est intégrée et assumée une parcelle de son contraire. Il n’est donc plus  vécu comme une nécessité désespérante parce qu’impossible à satisfaire. Je n’ai pas à courir désespérément après ce mythique amour parfait, fusionnel, éternel, incorruptible parce que désincarné, inaccessible, source de malheur, de souffrance, de névrose. Comme d’autres leur jardin, je n’ai plus qu’à cultiver l’Art d’aimer, qui est aussi l’art de la séduction de l’Autre, élue, choisie qui m’a élu, choisi. “Le désir est la graine, l’amour est la fleur.” Il nous suffit simplement de cultiver l’Autre, non seulement différent mais parfaitement différencié, elle c’est elle et moi c’est moi. Notre seule histoire commune est la patiente, attentive et vigilante mise en scène de notre désir, de notre amour et de notre plaisir. Malgré une éducation marquée par les contempteurs du corps, du désir, du plaisir, malgré la triste pornographie ambiante, malgré le temps qui passe et l’âge qui avance, je conserve une vision joyeuse, lumineuse, du sexe et de la sexualité.


Le_baiser1

Posté par francoisdalayrac à 14:29 - ÉROS EN DIRECT - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

LE PAÏEN INITIÉ 3

C’est par le sexe que j’ai été immergé dans ce monde naturel dont je n’aurais jamais dû être sorti. Et n’y a rien de spirituel dans tout cela. Ou alors, c’est que l’esprit n’existe pas en tant que tel. Il n’est que l’énergie physique qui anime ma chair et par là ma pensée, énergie stimulée par les sensations ressenties par la dite chair. C’est le sexe qui m’a apporté cette sensation fabuleuse de plénitude, de la toute puissance, de la tension du bonheur, la conscience aiguë de mon corps, de ma propre richesse qui ne demande qu’à se répandre en flots d’orgasme. Mon désir suppose excès, dépense  sans compter, consumation.

L’expérience de la nudité absolue de la chair, c’est à dire de la chair débarrassée de toute conception idéaliste a été une catharsis générant la honte et la gène de mon corps en désir permanent, en plaisir soigneusement recherché, cultivé. Le désir puis le plaisir crus et drus m’ont révélé l’étroitesse charnelle dans laquelle j’étais enfermé. Et j’en ai pu enfin goûté la vie de façon déculpabilisée, naturelle, j’oserai dire sans hésiter, animale. Je donne au corps son dû et je fais de la poésie ensuite. Le corps satisfait, la poésie apparaît, expression subtile, comme l’est  la musique, de mon incarnation. Je l’affirme, la poésie, mais aussi la musique, la peinture et toutes les formes d’art, ne sont que l’expression de la chair désirante. La sublimation de sa condition animale dont elle ne peut être détachée. Sublimation signifiant la sculpture du désir et du plaisir, leur mise en scène. La poésie ne peut, pour moi, ne procéder que de ma chair et en cela n’être que pure et joyeuse volupté libinale, débordement  volcanique de vie, vie avec laquelle je ne suis plus en guerre.

Ma virilité, comme la féminité, procède de la force et non de la violence. La force véritable n’est jamais brutale ni agressive. La guerre des sexes est close depuis longtemps. Le mauvais coup perpétré contre notre mère Ève n’est plus de mode. C’est elle qui a décidé d’ouvrir la porte de l’intelligence, du savoir charnels, malgré l’interdiction d’un dieu qui n’existait pas. Sans crainte de la colère divine, l’homme et la femme se doivent de planter ensemble une forêt d’arbres de la connaissance.

En conclusion, rendons à César ce qui est à César. Je ne suis devenu un homme que par les femmes, avec les femmes, à quelques exceptions près qui ont, sans succès, manifesté une volonté castratrice. Elles furent, pour la plupart, mes Grandes Initiatrices. En m’ouvrant leur ventre, elles m’ouvrirent les portes du monde, les portes de moi - même. Si je pouvais croire en une divinité, elle ne serait pas dieu. Elle ne pourrait être que déesse. Si je pouvais croire en cette déesse, ce serait Elle, cette Femme pour laquelle j’utilise la majuscule. Qu’Elle soit bénie de partager mon aventure et de me faire poursuivre ma croissance. Nous vivons notre amour par la chair, dans la chair, en dehors du mariage, funeste machine à fabriquer des anges, par définition asexués, mais dans un joyeux célibat partagé. Ensemble, l’existence nous est qu’occasions réussies d’ivresse. Libres dans nos désirs, nous habitons et jouant notre présent, refusant toute pesanteur. Nous faisons de chaque instant une spontanéité de grâce instantanée. Notre liberté nous ouvrent des champs magnifiques. Jamais le plaisir de l’un ne se paie du déplaisir de l’autre, de le sacrifier  dans une décharge bestiale et vulgaire.

Elle est ma muse par sa chair. Je ne trouve l’inspiration que dans ses désirs, ses plaisirs, ses orgasmes.

Nous sommes des sans dieu, des païens gourmands de plaisirs, animés d’une solide volonté de jouissance, d’un grand et défintif oui à la vie.


Viens_l__ternel1


Posté par francoisdalayrac à 16:00 - ÉROS EN DIRECT - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1