Nexus / Sexus

Éros est un dieu libertin et anar qui prend plaisir à semer le désordre dans le coeur des hommes, se jouant de leurs lois pour n'en respecter qu'une seule, celle de l'Amour et du Sexe, cette grande force créatrice dont il est question ici.

lundi 20 juillet 2009

LES CÉLIBATAIRES AMOUREUX I

Leur rencontre a eu lieu ici, là ou encore ailleurs, conséquence de la grande et de leur petite histoire. Il faut tout à la fois si peu et tant de choses! Il leur aura fallu tellement de chemins où l'on se fourvoie, tant de culs de sacs perçus comme des autoroutes, de sens uniques pris à contre sens, de marées descendantes qu'ils croyaient montantes, de retours en arrières pour en arriver enfin  à ce point précis et inattendu de l'évidence qu'ils ne pouvaient que se trouver et que cela était prévu de toute éternité. C'est de ce même point qu'ils émergèrent de ce chaos sentant l'eau croupie et dans lequel ils tentaient, en se débattant avec l'énergie du désespéré,  de surnager.

Ils surgirent l'un à l'autre au sein d'un temps mythique, ce temps d'avant l’invention d'un dieu désincarné et violent, de son péché originel, de sa morale castratrice, de ses prêtres nauséeux, de leurs vertus malodorante et de leur culpabilité évangélique. D'un temps d'avant que l'amour fut mis en cage par la loi des hommes, d'un temps d'avant le refoulement de la passion, d'un temps sans mémoire où tout devait être, à chaque fois, découvert. Un temps en deçà du bien et du mal.

Ils n'étaient alors sûrs de rien. Mais ils commencèrent à construire leur légende, avec la foi du charbonnier. Même si ce n'est pas vrai, ils croient toujours que le monde a commencé dès leur premier matin. Ils entretiennent avec lui d'étranges correspondances entre ombre et lumière, faites de vents, de rêves, de désirs. Ils savent bien qu'il n'est plus rien de neuf sous le ciel depuis longtemps, que leur histoire est vieille comme l'humanité, et pourtant, pourtant ils se veulent tout à fois peintres, sculpteurs, musiciens, poètes de leur vie, à chaque instant, jusque dans leurs étreintes, pour en faire une nouveauté. 

Déterminés à éviter les contingence et la médiocrité du quotidien, les douceurs fades qui font les délices de la masse tristement copulatrice, évitant les caniveaux canins et nauséabonds d'un conjugo synonyme d'ennui et de lassitude réciproque, ils n'ont pas de maison, mais chacun a son territoire farouchement défendu. Il l'accueille dans son lit, elle le reçoit dans le sien, avec une hospitalité généreuse et sans calcul, une hospitalité d'amants toujours en attente et qui ne visent que le simple et pur plaisir d'être ensemble. Chacune de leurs rencontres est toujours la première fois. Spontanément mise en scène, ils sont tout à la fois scénaristes, acteurs, réalisateurs et spectateurs de fêtes amoureuses où se cultive à l'envie l'art de vivre et d'aimer, d'aimer vivre et de vivre d'aimer, de fêtes amoureuses où la vie,  n'est plus qu'un jeu, une aventure joyeusement voluptueuse à ne surtout pas prendre au sérieux, dans un débordement perpétuel de rires mouillés de pluie et inondés de soleil, de mots cueillis à même la peau, dans le jaillissement impétueux du vivant qu'ils respirent comme si chaque  seconde passée ensemble devait être la dernière. Ils considèrent qu'ils n'ont rien à perdre. Et qu'ils peuvent courir tous les dangers qui leur sont nécessaires. Le temps qui passe, ils le savent bien, les laissera malgré tout intacts. Ils auront toujours autant de rêves, de projets, d'espoirs, de désirs, qu'au jour de leur naissance de jumeaux. La vieillesse et la mort sont congédiées. Ils disposent, dans l'ici et maintenant, de ce futur qui n'appartient qu'à eux, situés entre ce qui est fini et ce qui commence, débarrassés du passé. Autrement dit, de l'éternité qu'ils ne se sont jamais promise.


Ce qu'ils écrivent ne sera jamais un de ces romans de gare à la guimauve qui font pleurer les midinettes. Nulle illusion, nul bovarysme, nulle jalousie, pas de menace, de chantage, d'exigence, de haine, de ressentiment, de lutte pour le pouvoir, de manipulation, d'exploitation, d'interventionnisme dans la vie de l’autre que l’on veut à son image. Ils ne peuvent se concevoir nulle part ailleurs que dans la réalité de leurs corps. Dans leur rapport à l'Aimé par lequel ils ne se sentent jamais menacés ni dans leur intégrité ni dans leur liberté, ils ne portent pas de masque.  Seul l'amour pur et dur, sans concession, bien au delà des pâles variations du compromis quotidien, sans fuite dans l'imaginaire. Ils savent pressentir, reconnaître, débusquer les forces nocturnes de l'usure et s'en prémunir quand bien même cela leur est douloureux.

Ils sont les enfants rares, donc précieux, d'une race de chats qui s'apprivoisent l'un l'autre des griffes et des dents, au fil des jours, mais qui, inaptes à toute forme de dressage, ne cherchent jamais à se domestiquer mutuellement, d'une race de chats dont ils ont naturellement dans leurs jeux la souplesse et l'élégance. Autonomes, ils se donnent leurs propres lois sans se soucier des règles établies du troupeau ruminant ses angoisses. Ils sont de ces êtres innocents et pervers, primitifs et ardents, qui ne se vivent ensemble que liés par la force de leurs instincts, instincts du corps, instincts du coeur. Ils ne peuvent vivre que dans la sensualité, ils n'ont d'autre combat qui vaille que celui du bonheur c'est à dire pour la vie, la vie en perpétuelle expansion.

Ces deux là s'aiment sans autre serment tacite que celui de la fidélité absolue à eux mêmes. Les petits mensonges, les vanités ridicules, dont on ne peut obtenir de l'autre que de bien pitoyables avantages, ne fait pas partie de leur panoplie de séduction. Entre eux il n'y a pas de contrat. Signer un contrat, ce serait recevoir un esclavage et une servitude contre nature, indignes de leur fierté de n'abdiquer jamais leur souveraineté. Par contre, chaque mot, chaque geste ont une valeur inestimable qui les enrichit tous les jours. Chacune de leurs paroles est un pacte indéfectible avec l'autre, une décision d'engagement à rester à la hauteur quand bien même se  seraient - ils fourvoyés au fond d'un abîme, de demeurer une histoire unique, sans double, sans duplicata possibles. Ils jouissent de ce luxe inouï de ne se complaire que dans l'élégance qui amène toujours la parole et / ou le geste opportun au moment opportun, dans la magnificence de la prodigalité, le tragique aussi parfois. Car s'ils recherchent le plaisir, ils ne fuient jamais la nécessaire souffrance qui ne menace pas de les tuer mais qui les rend plus forts. Ils ne promettent jamais au delà de ce qu'ils sont sûrs de pouvoir tenir. Ils n'ont jamais cru en ce paradis amoureux où un plus un ferait, contre toutes les règles de l'arithmétique humaine, un. Ils sont deux, indéfectiblement deux.

Leur amour n'est évidemment pas du granit gris et immobile des menhirs bretons mais de l'argile souple et malléable des modeleurs. Il est par essence, changement, mouvement d'énergie, de vitalité, mettant en jeu les forces qui les dépassent et les entraînent vers un inexploré partagé et pour lequel ils n'éprouvent aucune crainte. Il est abondance de parfums, de lumières, de sons et de couleurs dans un ciel sans cesse changeant parce qu'à susciter chaque jour. Dégagés de toute nostalgie des jours anciens et sans préoccupation anxiogène de l'avenir,  recherchant toutes les occasions de se réjouir, ils privilégient le seul présent, l'immédiateté concrète du corps, de son désir, de son plaisir, l'ici et maintenant jubilatoire, dont ils extraient toute la jouissive quintessence qui s'offre dans toute son incarnation. Là sont leur singularité, leur suprême distinction, leur style qui est leur vertu.

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LES CÉLIBATAIRES AMOUREUX II

Leur nature solaire, se déploie dans une volupté radieuse, libre et toute puissante, fuyant l'obscurité honteuse des coïts furtifs et sans joie de l'habitude, pour la pleine lumière du jour de leurs retrouvailles entre deux absences, deux manques toujours cruels mais nécessaires et qui ne leur sont jamais solitude glacée. Ils plongent en l'autre par la chair, dans la joie du devenir perpétuel, toujours porteur de  nouvelles et bienheureuses espérances. Sans peur, ils s'engloutissent, s'enfouissent dans la suprême volupté de vivre. Ils n'ont d’autre préoccupation que le sens inné du plaisir dans sa nature irréductiblement animale. Ils dansent, ils boivent, ils chantent, ils jouissent dans un incessant jeu de séduction. Le sexe leur est une fête. Ils s'aiment pour et par leur seule chair et le plaisir qu'ils en reçoivent et qu'ils donnent. Tous les caprices de leurs désirs jumeaux s'épanouissent dans une liberté qui n'a d'autre limites que celles que leur imposent leurs ressentis. C'est ainsi qu'ils s'offrent toutes les ardeurs possibles, chacun disposant de son propre corps sans jamais posséder celui de l'autre. Ils sont unis par leurs sens dilatés par lesquels ils perçoivent la réalité de chacun dans ses frémissements, ses reculs, ses invitations à aller plus loin, plus haut, plus profond, plus fort, plus léger. Jamais leurs étreintes ne sont violentes, brutales, grossières, frustres. Ils désirent la jouissance, ils l'appellent, mettant à son service la totalité de leur intuition exacerbée, dans la plus grande vigilance à la symphonie de sensations qui les parcourent et peuvent leur dévoiler les hasards de l'amour.

Exigeant plus de soi – même que de l'autre une excellence sans faille, en sont - ils devenus fous? Oui, certainement! A un regard grégaire. Dans ce besoin permanent de se mettre en danger, d'inventer de nouveaux codes et de se mesurer à l'impossible pour exister, ils ont l'audace de marcher à contre courant et entre les deux abîmes du corps et du coeur. Déraisonnables. ils vivent simplement pour vivre, ils aiment simplement pour aimer, ils jouissent sans rechercher un sens quelconque aux choses. Ils créent une histoire qui sera leur plus bel ornement pour le simple plaisir de créer, de se créer.  Ils se font de leur vie une oeuvre d'art, adeptes de l'art pour l'art, du superflu, de la surabondance, de l'indispensable inutile.

Ainsi leur histoire se construit – elle jusqu'au jour où vivre ensemble, sans qu'ils ne l'aient chercher, leur sera une évidence. Ils attendent ce jour sans impatience, avec la certitude qu'ils pourront se dire des yeux : « ce que nous nous sommes aimés pour réussir à être vieux sans être tristement et banalement adultes. Et ce que nous nous aimons encore  sans cesse affirmant notre grand Oui à la vie dans la moindre de ses efflorescences, à la jubilation, à la jouissance, au bonheur d'aimer et d'être aimé. Auront – ils eu de la chance? Ils ne croient pas à la chance, ils croient au talent. Et ils en auront eu. Malgré les blessures, malgré les déchirures.

Ils auront été leur exception.


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mercredi 22 juillet 2009

LES LOUVES I

LES LOUVES

Le contact frais des draps propres l'a faite frissonner. Rêvassant à la dernière nuit d'amour, elle se sent un peu planante.  Et c'est dans cette réminiscence qu'elle glisse dans le sommeil. Pourquoi ces visions hypnagogiques de loups? Le souvenir estompé de son amant sans pitié peut – être? C'est avec un claquement sec qu'elle quitte  brusquement son corps, se retrouve projetée dans un tunnel d'un noir absolu. Elle va à une vitesse folle vers une lumière blanche, presque transparente qu'elle traverse pour déboucher dans un ciel mauve. Les étoiles, sans jamais s’entrechoquer, y dansent autour d'elle dans une chorégraphie précise, réglée par un horloger de génie.

Décorporée, échappant à toutes les lois de la gravitation, elle est légère, légère, d'un poids de plume. Les sons, les odeurs, les couleurs qui se mélangent imprègnent sa chair nue, coulent dans son, sang. Ses sens sont d'une acuité prodigieuse. Détendue, sereine, libérée de toute pesanteur, elle n'éprouve pas la moindre angoisse. Son coeur bat régulièrement. Peut être un peu plus fort que d'habitude. A peine un léger vertige, une subtile ivresse qui la rendent euphorique. Elle se dit qu’elle doit rêver en priant de ne pas se réveiller tout de suite. Le vent la porte en lui sifflant agréablement aux oreilles. Elle vole dans un univers étrange et pourtant familier. Une force inconnue la maintient suspendue entre deux airs. Sous elle, une terre éclatante tourne lentement sur elle – même. Elle descend et est posée plus qu'elle ne se pose, délicatement sur  un sol souple, chaud et humide comme une peau humaine. Un gigantesque organisme hausse ses phallus géants jusqu'à un ciel d'encre. C'est une forêt très dense, d’un vert si intense, si profond, qu’il est presque noir. Elle vit, elle palpite dans une invitation à la sensualité. Elle semble capable d'intégrer tout ce qui s’en approche.  Les arbres distillent un énigmatique chuchotis. Cet être végétal lui tend les bras la convie à la fusion, à l'osmose. Au milieu des herbes aussi hautes qu'elle,  elle s'engage dans une allée qui s'ouvre comme un vagin dans un corps de géante. Que fait - elle donc là? La question ne provoque en elle rien de plus que l’inquiétude diffuse devant un inconnu espéré. Et ce n’est pas désagréable. Elle en tire une bien curieuse impression à qui lui chauffe le corps.



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LES LOUVES II

Dans une clairière, violemment éclairée par la lune rousse, un grand loup blanc, immaculé, un mâle flamboyant se dresse dans toute sa puissance de fauve. C'est un magnifique athlète dont les muscles saillent sous le poil. Il incarne la force animale à l'état brut dans une suprême élégance. Souverain absolu de sa meute, il n'y connaît pas de rival. Ses yeux jaunes et phosphorescents irradient d'une cruauté teintée d'érotisme. Deux louveteaux dorment entre ses pattes. Sa femelle, couchée à l'écart, en peu en contre bas, fixe ardemment cette femme qui avance prudemment dans sa nudité blanche ourlée de blondeur, d'un pas presque silencieux. Si le mâle manifeste la plus profonde indifférence  pour cette créature étrangère à son monde, elle détaille la Femme qui s'approche avec une convoitise toute sexuelle, proche de la luxure. Si ses formes sont plus douces,  elle rayonne d'autant de force et de sensualité sauvage et magnétique que son mâle. L'univers entier se met à vibrer, à palpiter. L'atmosphère devient lourde. La terre tressaille. Une énergie généralisée de rut s'empare de la nature. Seul, le Loup demeure en dehors de tout cela. Il n'est pas concerné par cet incendie qui embrase tout. Il est clair pourtant que rien ne va se passer sans son assentiment. Son pouvoir sur les êtres et les choses est tel que chacun sait d'instinct que d'un bond, ou d'un simple grognement, il peut tout arrêter. La meute encercle la scène, silencieuse, comme venue à une cérémonie sacrée. Un mystère qui les dépassera tous, humaine, animaux, végétaux, minéraux, va se réaliser et donner une nouvelle cohérence au cosmos.

Les jambes de la Femme ne la soutiennent plus.  Elle tombe à genoux et s'allonge contre la Louve  qui pose sa tête sur ses seins, emprisonnant ses yeux dans les siens. Quand elle enfouit ses doigts dans la toison de l'animal, un long frémissement, proche de l'orgasme, lui lézarde les reins. Elle retient un hurlement. Le désir brutal lui ouvre un monde nouveau, le continent inconnu de l'animalité, de la bestialité. Elle est au delà de tout ce qu'elle pu jusqu'alors imaginé, fantasmé. Tout en jouant avec les poils de la Bête, prise d'une impudeur qu'elle ne se connaît pas, elle glisse vers sa vulve qu'elle effleure légèrement. La Louve  se relève, et lui dit :

« Bienvenue à toi oh ma soeur. Oui, tu es ma soeur, tu es ma jumelle. Mon identique au delà de la race, de l'espèce qui ne sont qu'illusions. Tu es revenue aux temps d'avant le temps humain. Le temps d'avant les dieux inventés par les humains, où nous étions tous animal humain et humain animal. En ce temps là, la sexualité s'effectuait avec tout ce qui est animé, car tout ce qui est animé participe du même principe, de la même unique réalité. Seules les formes sont multiples. Entre toi et moi, il n'existe aucune différence de nature.
Regarde autour de toi. Les femelles t'admirent et les mâles bandent pour toi. Tu es belle. S'ils le pouvaient, ils te couvriraient tous et toutes, l'un après l'autre. Les femelles aussi jouiraient de toi. Mais le Maître de la meute, celui qui me fait des petits et qui n'en fait qu'à moi, ne leur permettra pas. Tu l'a compris, je le sais. Rien ne se fait ici qui ne soit de sa volonté. Et de sa seule volonté. Ni toi ni moi n'avons le choix. Nous sommes soumises, comme tout ce qui nous entoure, à cet être divin, divin parce qu'il possède les forces de la nature et qu'il leur commande. Et tout lui obéit. Et maintenant, toi et moi allons lui obéir aussi. Il veut notre accouplement que dans ton monde, dans ton temps, on qualifierait doublement contre nature. Pourtant, il n'y a rien de monstrueux. Juste la nature dans ce qu'elle a de plus beau, de plus puissant, de plus originel.
Comprends que nous sommes soeurs par nos sexes semblables, destinés à accueillir le phallus, à recevoir la semence qui nous fera enfanter de la vie sous toutes ses formes.
Viens. N'aies aucune peur. Toi et moi, nous sommes femelles.
Et nous serons femme et bête, bête et femme, mâle et femelle, femelle et mâle tout à la fois. Quand nous aurons joui, l'univers t'en sera différent. Viens, tu es belle et j'ai le désir de toi, de ton corps qui est ton âme. mais saches – le dès maintenant. Notre étreinte n'a d'autre but que de te préparer au Grand Coït universel lorsque le Roi viendra s'unir à toi. »

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LES LOUVES III

Pendant qu'elles s'enlacent, la meute se rapproche, rétrécissant le cercle. Des dizaines d'yeux comme autant de bougies illuminent une nuit subitement devenue opaque. La Femme est dans un état second d'halluciné. Une boule de glace ardente s'empare d'elle, l'enserre entre ses tentacules. La Bête est douce et soyeuse. Voluptueusement frissonnante. Sa vulve ouverte, aux muqueuses violacées dégage une forte odeur d'humus. La Femme la caresse avec tendresse tandis que la Bête lui lèche le corps de sa langue un peu râpeuse. Elles se perdent l'une en l'autre dans une danse étrange, quasi mystique. Elles y fusionnent dans un amalgame qui les unit au ciel, à la terre, à toutes les créatures vivant sur cette planète, jusqu'au minéral qui en résonne. La Femme s'écarte et contemple le sexe de la Louve, se fraie de la langue un chemin entre les lèvres ruisselantes. Si elle le pouvait, elle se métamorphoserait en un phallus immense pour la remplir, la posséder, s'approprier son animalité. Elle se recouvre des sucs qui en coulent. Elle s'en repaît. Elle en est ivre, à la limite de l'anéantissement. La Louve gémit doucement, le museau dans la mousse. Au grognement du mâle, elle se dégage d'un coup de reins et tend sa croupe offerte, impatiente. Le bras de la Femme la pénètre sans douceur, va et vient jusqu'au coeur de l'animal. La Louve s'abandonne jusqu'à ce qu'elle jette un long feulement vers la lune et s'affale en faisant en faisant crisser les feuilles.

Temps de pause.  Mais le jeu n'est pas terminé. A l'image de la nature, la Femme est toujours au  paroxysme de l'excitation. La meute retient son souffle. En attente. La Louve se redresse et s'éloigne de la Femme prête à la pénétration du mâle. Elle comprend alors qu'elle ne mènera plus le jeu, qu'il n'est pas de retour en arrière possible, qu'il lui faut subir la loi de l'animal. Elle est prête à tout. Sans condition. Son instinct la pousse à sacrifier son humanité à ce demi dieu à la fourrure blanche.





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Le Loup, tout près maintenant, la transperce de son regard d'acier. Et elle se met à danser pour lui. Étrange ballet dans lequel elle se lâche dans une lubricité qu'elle ne soupçonnait pas. Elle n'est plus que la femelle qui implore le mâle. Elle glisse, elle rampe, elle ondule, se couche, plie et détend sa nudité pour l'ériger comme un appel hurlé à l'accouplement. A genoux, rejetée en arrière, elle lui présente son sexe dévasté d'un feu qui transcende toute frontière entre les êtres vivants. Elle a envie de lui, de sa meute, des arbres, des herbes, des fleurs, des astres, de la terre, des nuages, qu'ils la prennent, la possèdent. En s'unissant au Loup, elle veut copuler avec la nature entière, la faire jouir et en jouir. Jamais encore, elle ne s'est sentie à ce point en gésine de désir, de plaisir, toute entière dominée par un sexe qui bande. Ce phallus qui étincelle comme un poignard est prêt pour sa mise à mort. Elle n'en éprouve aucune crainte. Dans le monde où elle est, la mort n'existe pas. La vie, dans l'unité de sa multiplicité s'est emparé d'elle et elle en vibre, en gronde, comme un volcan au bord d'un grand débordement qui va tout ravager pour que tout en renaisse. Peu lui importe que qui adviendra.

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LES LOUVES IV

Le Loup, tout près maintenant, la transperce de son regard d'acier. Et elle se met à danser pour lui. Étrange ballet dans lequel elle se lâche dans une lubricité qu'elle ne soupçonnait pas. Elle n'est plus que la femelle qui implore le mâle. Elle glisse, elle rampe, elle ondule, se couche, plie et détend sa nudité pour l'ériger comme un appel hurlé à l'accouplement. A genoux, rejetée en arrière, elle lui présente son sexe dévasté d'un feu qui transcende toute frontière entre les êtres vivants. Elle a envie de lui, de sa meute, des arbres, des herbes, des fleurs, des astres, de la terre, des nuages, qu'ils la prennent, la possèdent. En s'unissant au Loup, elle veut copuler avec la nature entière, la faire jouir et en jouir. Jamais encore, elle ne s'est sentie à ce point en gésine de désir, de plaisir, toute entière dominée par un sexe qui bande. Ce phallus qui étincelle comme un poignard est prêt pour sa mise à mort. Elle n'en éprouve aucune crainte. Dans le monde où elle est, la mort n'existe pas. La vie, dans l'unité de sa multiplicité s'est emparé d'elle et elle en vibre, en gronde, comme un volcan au bord d'un grand débordement qui va tout ravager pour que tout en renaisse. Peu lui importe que qui adviendra.


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Elle se couche sous la Bête et s'accroche au corps du fauve. En proie à une gourmandise frénétique, elle s'approche de son sexe dressé et le porte à ses lèvres. Elle l'absorbe, le suce, se regale de sa saveur, de son velouté pendant que le Loup la lèche avec une douceur infinie.  La fourrure entre ses cuisses la rend folle. Elle finit par croire qu'il est à elle, qu'il lui appartient. Elle pense se l'être approprié, l'avoir fait sien, intégré à sa propre chair. Être mâle à son tour.

Mais le Loup, mais est – ce encore un loup ou un homme, elle ne sait pas, le Loup se dégage de son éteinte et la couche sur le ventre. Elle se redresse et se met instinctivement à quatre pattes, la croupe relevée et offerte, dans l'attitude commune à toutes les femelles animales.

L'odeur de l'humus lui remplit la bouche. Et il lui montre brutalement que c'est lui le Maître. Il la frappe, la griffe, la mord.  Quand il la saisit à la nuque entre ses crocs, elle pense fugacement qu'elle va mourir, immolée à une divinité cruelle et inconnue. Une myriade de picotements se diffuse dans son corps. Des bouffées de chaleur lui ravage les seins. Quant il enfouit son sexe jusqu'au fond de ses entrailles avec une douloureuse douceur, l'espace tout entier se met à crépiter comme du bois sec dans un embrasement général. Des milliards d'étincelles, de flammèches jaillissent de partout. Des boules de feu bondissent. La forêt sue par tous ses pores et sa sueur retombe en pluie drue et chaude. C'est une folie, la folie de la création du monde, de l'instant du big  bang, du premier matin où tout s'est réalisé. La vie fuse, puissante, indestructible, féconde à l'infini. Le Loup fait preuve d'une parfaite maîtrise de lui – même. A le croire presque étranger à ce qui se passe, comme un maître de cérémonie seulement concerné par l'ordonnancement des choses. Attentif aux palpitations de sa vulve, il ne jouira que lorsqu'elle sera prête à jouir de son éjaculation. Il ne la couvre que pour atteindre leurs deux orgasmes simultanés qui les emporteront vers ces contrées primitives de lui seul connues et auxquelles il l'initie.

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LES LOUVES V

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L'odeur de l'humus lui remplit la bouche. Et il lui montre brutalement que c'est lui le Maître. Il la frappe, la griffe, la mord.  Quand il la saisit à la nuque entre ses crocs, elle pense fugacement qu'elle va mourir, immolée à une divinité cruelle et inconnue. Une myriade de picotements se diffuse dans son corps. Des bouffées de chaleur lui ravage les seins. Quant il enfouit son sexe jusqu'au fond de ses entrailles avec une douloureuse douceur, l'espace tout entier se met à crépiter comme du bois sec dans un embrasement général. Des milliards d'étincelles, de flammèches jaillissent de partout. Des boules de feu bondissent. La forêt sue par tous ses pores et sa sueur retombe en pluie drue et chaude. C'est une folie, la folie de la création du monde, de l'instant du big  bang, du premier matin où tout s'est réalisé. La vie fuse, puissante, indestructible, féconde à l'infini. Le Loup fait preuve d'une parfaite maîtrise de lui – même. A le croire presque étranger à ce qui se passe, comme un maître de cérémonie seulement concerné par l'ordonnancement des choses. Attentif aux palpitations de sa vulve, il ne jouira que lorsqu'elle sera prête à jouir de son éjaculation. Il ne la couvre que pour atteindre leurs deux orgasmes simultanés qui les emporteront vers ces contrées primitives de lui seul connues et auxquelles il l'initie.

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De longs jets brûlants lui déchirent enfin le ventre et la libèrent. Une gerbe sonore jaillit de son ventre, se déploie jusqu'au ciel, se répand sur la terre. Elle hurle une note d'une incroyable pureté, longtemps tenue et qui ne s'éteint que pour reprendre de plus belle dans une symphonie de soupirs et de gémissements qui forment une masse homogène avant de s'émietter dans son extatique inconscience. Elle jouit, elle jouit pendant que la meute lance un gigantesque hurlement de joie sacrée. Son utérus accouche du soleil, coule de son ventre, inonde tout sur son passage pendant qu'elle s'envole pour se dissoudre dans le ciel et la terre et tout ce qui les habite, légère comme la feuille, lourde comme la pierre. Eau vive, elle saute de rocher en rocher pour se perdre dans la mer dont elle n'est plus que les vagues. Elle est l'air que tout respire.

Revenue à elle, sous le regard du grand carnassier, elle sent sa semence lourde et gluante se disperser en elle, imprégner la moindre de ses cellules. Elle s'abandonne à un sentiment de plénitude. Elle est grosse, au plus profond d'elle – même, d'un orgasme d'une inépuisable fécondité. Tandis que le monde poursuit sa route.

Réveillée dans un sursaut elle a le sentiment obscur du rite sacré accompli. L'opacité de la nuit se déchire. La lumière revient. Elle est dans son lit. A – t – elle rêvé? Elle a pourtant la certitude d'avoir participé, cette nuit, à une cérémonie païenne, barbare, rendant gloire à la vie dans toute sa sauvagerie, rendu un culte au mâle dans la femelle, reçu l'offrande de la vitalité du sperme. Elle est épuisée dans ses draps en bataille, les cuisses trempées. Autour d'elle, dans la ville, la vie reprend son cours. Ce soir elle dormira avec son amant. Elle ne doute pas que lorsqu'elle le sentira éclater en elle, elle pensera à un grand loup blanc rencontré au coin d'une nuit qui flambait sous juillet.

François d'Alayrac – Juillet 2009

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