Nexus / Sexus

Éros est un dieu libertin et anar qui prend plaisir à semer le désordre dans le coeur des hommes, se jouant de leurs lois pour n'en respecter qu'une seule, celle de l'Amour et du Sexe, cette grande force créatrice dont il est question ici.

mardi 27 novembre 2007

UNE FEMME PAR LA FENÊTRE


Il faisait beau. En sortant de la douche, il décida de rester nu dans son appartement. Que son corps profite calmement de se bain d’air chaud qui le caressait chaque fois qu’il remuait. Dans ce plein été, ces amis étaient tous partis en vacances. Les rares voisins qui restaient suaient, les pauvres, au travail. Il était seul. Et avait décidé de le rester. Ordinateur éteint, téléphone débranché, portable éteint. Et ne rien faire. S’écouter vivre dans la chaleur. Les persiennes entrebâillées laissaient passer quelques rayons de soleil qui suffisaient pour éclairer la pièce. Il se servit un grand verre de jus d’orange et mit la symphonie fantastique, sa préférée, dans la chaîne poussa un soupir de bien être en s’asseyant sur le canapé rouge aux coussins bleus. Dans la sérénité ambiante, il entendait pourtant une petite voix qui lui disait qu’il se passerait quelque chose dans cette journée. Il se demanda bien quoi, vu les circonstances, et la repoussa en haussant les épaules. Berlioz retentissait. Un livre l’attendait ouvert sur la table basse. personne ne viendrait déranger sa lecture. Il était bien décidé à en profiter et finir ce livre en chantier depuis trop longtemps. Il fallait aller au bout. Il lut ainsi un bon moment. Puis il éprouva le besoin de bouger un peu, d’aller respirer l’air qui filtrait à travers la persienne. Il jeta un coup d’oeil rapide à la porte fenêtre de sa voisine grande ouverte. On ne sait jamais. Il aimait bien la mater clandestinement. Cette fille était superbe. Et il ne boudait jamais le plaisir de l’espionner un peu en se disant qu’il faudrait la rencontrer et l’inviter à prendre un pot. Mais, bon, l’occasion ne s’était encore jamais présentée.

Ce qu’il vit lui fit croire qu’il était victime d’hallucinations! Il fit demi tour sur lui - même et regarda à nouveau pour être sûr. Non, il ne rêvait pas. Sa voisine était bien là, coulée entre les coussins de son canapé, la robe relevée très haut sur ses cuisses, découvrait le triangle du pubis et laissait découverts des seins qui, il faut le dire, ne pouvait qu’attirer l’oeil de l’homme. 

Il passa quelques instants à la détailler en se demandant ce qu’elle pouvait bien faire. Il le voyait bien, mais il avait du mal à en croire ses yeux. Ah oui, c’était bien la réalité. Elle lui offrait, sans le savoir sa masturbation. Elle était en train de se donner du plaisir toute seule! Waou!!! C’est pas vrai pensa - t - il tandis qu’il ressentait un coup à l’abdomen qui lui relevait le sexe. Il était scotché par le spectacle.

Ses mains allaient et venaient sur ses seins généreux, pétrissaient les tétons clairs et érigés qu’il devinait durcis sous la caresse. Sans doute était - elle un peu effarouchée par son auto - érotisme. Mais peu à peu il la sentait se détendre, s’enhardir en s’abandonner au plaisir. Une main glissa, hésitante sur son ventre, s’attarda sur le nombril descendit dans la toison en bas du ventre dont elle tripota les poils avant de s’immiscer  entre les cuisses. Le soleil éclairait généreusement la scène. Bien sûr il n’en voyait pas tous les détails. Mais ce qu’il ne distinguait pas, il l’imaginait facilement. Il devinait ses doigts ouvrir les lèvres, dégager le clitoris, le titiller, s’enfoncer dans ces muqueuses chaudes et humides d’une substance gluante. La danse de ses hanches bien visible elle, laissant présager une montée certaine de l’excitation. De temps en temps elle mettait ses doigts libres dans sa bouche, les y humidifier  pour rendre plus douce la caresse sur ses seins.

Il bandait dur, d’une bandaison insupportable qui nécessitait de prendre des mesures. Il prit son sexe en main et se mit à se branler  lentement. Surtout ne pas partir trop vite par des va et vient précipités! Attendre qu’elle jouisse pour jouir à son tour. Ne pas gâcher le plaisir. Il tenait absolument à la voir se tordre de jouissance dans les coussins. Son esprit fonctionnait à plein régime. Il prenait ses seins sous sa bouche, les excitait de la langue. Ses doigts s’enfonçaient dans sa chair dégoulinante. Son phallus tendu à casser s’enfonçait dans son ventre, y allait / venait, se retirait pour mieux s’y enfoncer jusqu’à la garde. Elle lui plantait ses ongles dans le dos, il sentait la texture et l’odeur de sa peau contre la sienne. Il l’entendait gémir, soupirer pendant qu’elle se cambrait pour qu’il la pénètre toujours plus loin, plus profond, qu’il la brûle d’une délicieuse déchirure.


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Elle avait maintenant plongé ses deux mains entre ses cuisses béantes où elles s’agitaient frénétiquement comme des oiseaux affolés. Sa respiration devait sans aucun doute s’accélère, devenir plus rauque. Elle se mit à quatre pattes et lui offrit la vision de sa croupe superbe. Elle continuait à se caresser. Ses doigts entraient en elle, ressortaient pour glisser de bas en haut sur sa vulve en s’y attardant sur le bouton. Ses fesses menait une danse de tous les diables.

La sueur lui coulait dans les yeux. Il était souvent proche de l’éjaculation. Il cessait de se masturber quand il sentait sa tige palpiter. Il la serrait très fort pour retenir sa semence, ne pas la laisser gicler. Des vagues lui soulevaient le ventre. Il était en elle, sur elle. Ils faisaient l’amour comme des fous, l’un dominant  l’autre alternativement. Sa chevelure lui caressait le ventre quand elle le prenait entre ses lèvres pendant qu’il s’inondait la bouche des jus de chair qui lui coulaient en bas du ventre sous la toison épaisse. Puis il revenait en elle, arbre de chair dans un humus charnel.

Elle se recoucha sur le dos, une jambe sur le dossier du canapé. Elle avait clairement ralenti le rythme pour retarder le plus possible l’instant de l’explosion. de son côté il cessa tout mouvement. Il la sentait prête à jouir. Il ne voulait en rien manquer, le sexe serré très fort dans sa main. Il vit ses ondulations se précipiter jusqu’à ce qu’elle se morde une main pour retenir un cri d’orgasme qui se serait sans nul doute répandu dans tout le voisinage. Enfin, après une dernière cambrure, elle retomba sur le canapé et resta immobile un long moment.

Il reprit son onanisme. Il n’avait plus à se retenir maintenant que la jouissance l’avait emportée. Il se caressait lentement sentant le plaisir monter du fond de son ventre par vagues larges et étales. Soudain il se sentit fusillé et  sa semence explosa en longs jets puissants.

“Je te l’offre” murmura - t - il.

Cet homme, c’était moi. Cette femme c’était toi?

Posté par francoisdalayrac à 17:19 - Nouvelles - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


mardi 11 décembre 2007

LA ROBE ROUGE

Enveloppée de son seul parfum, Elle décide enfin de revêtir une robe rouge très fine, presque transparente. Elle aime cette robe, la sensualité de l’étoffe sur sa peau, son effet amplificateur de caresses lorsqu’il pose ses mains sur Elle. Elle la portait quand ils ont fait l’amour pour la première fois. Quand Elle s’allonge sur le canapé, molle de chaleur, les souvenirs refont surface.
Un an déjà. Elle n’a pas vu le temps passer. Et cela lui semble, paradoxalement durer depuis l’éternité. Rien n’a eu de réelle existence avant qu’il ne débarque dans sa vie. Lui! L’Homme! Elle ne L’appelle jamais par son prénom. Pour Elle, c’est l’Homme.
Elle a connu pourtant des hommes avant Lui. Beaucoup. Objets de sa seule jouissance, ils n’ont fait que passer, dans la fureur du plaisir qu’Elle a eu à les posséder. Elle ne leur a rien refusé pour mieux tout en prendre. Mais jamais, Elle n’a accepté de leur accorder davantage que ces rencontres brûlantes, jouissives, dans lesquelles Elle déployait tout son pouvoir de femelle sur le mâle qu’Elle laissait épuisé. Elle, Elle en repartait toujours conquérante, en chasse, à la recherche d’étalons à séduire, à soumettre, à vider. Depuis ses seize ans, quand pour la première fois elle a ouvert les jambes sous un homme, Elle a vécu ainsi. Un jour, un seul jour, ces hommes ont - ils seulement exister? Elle les a tous oubliés.

Et puis, Il a débarqué. Et Il a su faire fleurir sa maturité éclatante comme aucun autre. Elle a compris alors qu’Elle avait rencontré celui qui est l’Homme. Et tout était devenu différent. Nul n’a su accepté, joué et poussé à son paroxysme, et sans jamais se montrer brutal, toujours d’une infinie douceur, ce jeu de domination / soumission qu’Elle Lui impose. Il ne lui a jamais demandé plus que les jeux d’amour passionnés qu’ils partagent. Comme le grand prêtre dont Elle est à la fois le temple et la divinité, Il touche le profond de son âme sans jamais se livrer mais dans un don de soi total. Dans ses rituels silencieux, Il garde cette part de mystère qui n’appartient qu’à Lui et qui la fait grésiller  plus que ses mains, ses lèvres, son sexe. Il a été le premier à lui faire éprouver dans sa chair, ce magma de miel et de citron, cet amalgame de la terre et du ciel dans la tourbe détrempée de leurs averses de juillet sous l’orage. Elle ne connaît de Lui que son corps d’homme savant en sa pratique des jeux d’amour. Il n’en a pas été un autre qui lui ait fait lui cogner à ce point le cœur dans le ventre quand Il la regarde, la soulever brusquement de vagues embrasées sitôt qu’Il la touche. Elle n’avait jamais partagé une telle ardente intimité avec un homme. Jamais encore, quand ils se retrouvent au fond du lit où ils s’engloutissent, Elle s’est donnée avec une telle confiance dans l’improbable union de deux inconnus cependant chaque fois réalisée. jamais, Elle ne s’est sentie menacée dans son intégrité de femme. Sa seule peur, Le perdre, comme une morsure récurrente qui ne peut être adoucie que par ses élans de reins dans ses reins. Est - ce l’amour?  Pas sûr. Elle se méfie de ce sentiment dangereux depuis l’enfance et Elle s’en est toujours soigneusement tenue à distance. Mais avec Lui... Sans y prendre garde, sans méfiance,  Elle L’a installé durablement dans sa vie, son lit, son corps et au delà. Il n’en partira pas.  Elle s’y est liée pour mieux se L’attacher. Étrange.
Elle s’abandonne à la  réminiscence. Atmosphère hypnagogique dans l’aura des bougies, accentuée par la fumée de l’encens et la musique tibétaine qui passe en boucle. Le décor pourtant familier devient presque irréel. Elle attend l’Homme. L’Homme va venir chez Elle, en Elle. Elle flotte dans un état second, un demi coma délicieux, comme dans une dimension d’autre monde.
Ainsi songe - t - Elle en l’attendant dans la torpeur d’une soirée d’été qui s’étire presque désespérément. Quand donc va - t - Il arriver? Elle sait qu’il est encore bien trop tôt. Mais Elle ne peut empêcher  de sécréter une  sourde anxiété. Elle n’aurait pas dû se préparer aussi vite. Elle le savait, mais c’était plus fort qu’Elle. Être prête, ne pas se laisser surprendre s’Il arrivait plus vite que prévu. Elle sait pourtant qu’Il est toujours d’une ponctualité parfaite et qu’Elle n’a aucune raison de s’inquiéter. Il ne lui a jamais fait faux bond.

Elle rêve très fort à Lui. Et l’impatience monte, chauffée à blanc se fait incandescence et la met en vrille. Son ventre est vide. En vide de l’Homme. Elle a besoin de son sexe pour s’en remplir.  Elle Le veut, Elle Le désire plus que tout. Elle en est affamée. Elle veut Le faire jouir et en jouir. Exaspérante attente contre laquelle Elle a du mal à lutter. C’est une nécessité absolue, la priorité des priorités, l’urgence des urgences. Le monde pourrait bien s’écrouler sur eux, cela ne changerait rien. Il viendra sur Elle, en Elle. Mais que fait - Il donc? Malgré la chaleur de la nuit, son corps reste sec, exception faite de son entre cuisse chargé de ses sucs d’amour lourds et gluants.

Noyée dans la demi ivresse de ses rêveries devenues progressivement plus voluptueuses, les yeux mi clos, ne captant plus que la lumière diffuse des bougies, Elle commence à se caresser à travers le tissu. Des ondes électriques la font frissonner. Elle passe sur sa poitrine, son nombril, ses cuisses. Ses seins tendus la picotent. Elle frôle leurs aréoles larges et sombres, pince leurs tétons qu’Elle voudrait engloutir dans la bouche humide et chaude de l’Homme sous Elle, trempés de sa salive, érigés sous son souffle. Dix mille aiguilles au rouge descendent jusque dans son ventre, coulent dans son sexe, débordent de sa vulve. Elle se cambre, dressée sur ses talons, et sa robe se relève très haut, découvrant sa toison noire de jais où ses doigts commencent à se promener dans les poils.  Son toucher d’abord négligent s’affirme, glisse sur les lèvres entre ouvertes, s’égare dans les muqueuses, s’y enfonce, en ressort, s’attarde sur son bouton dur et gonflé comme un sexe d’homme. Son bassin danse et vibre au rythme de la musique qu’Elle suit sans y penser.

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Elle s’écrase davantage dans les coussins. Haletante, Elle renverse la tête en arrière sur l’accoudoir et pose une jambe sur le dossier pour s’ouvrir davantage à Elle même. Un courant d’air s’infiltre dans la pièce. Loin de la calmer, ce peu de fraîcheur, la touchant au vif de ses cuisses, porte sa chaleur à son comble. Sa conscience n’est plus que perceptions, ressentis, impressions, sensations de la présence de l’Homme dans son absence. Est - Elle seule? Est - Il enfin là? Elle n’en sait rien. Elle ne sait que le ballet désordonné de ses doigts qui s’affolent sur son sexe, sur ses seins.
Elle n’est qu’une boule de désir, de plaisir qui roule et se noie dans le métal en fusion d’un haut fourneau. Elle est le métal et le haut fourneau tout à la fois. Brutalement projetée dans le vide d’un tunnel obscur, elle explose au milieu d’étoiles filantes en retenant un feulement rauque de fauve. Elle jouit et retombe sur le canapé. Elle reste sans bouger un long moment reprenant peu à peu son souffle, léchant sur ses doigts la saveur forte de son orgasme. Le calme se rétablit dans ses entrailles.

Elle atterrit lentement dans la réalité et Elle L’aperçoit. Il est donc là! Depuis combien de temps? Elle ne L’a évidemment pas entendu entrer. Il est là, se réjouissant sans aucun doute du spectacle, la regardant avec un sourire amusé, presque moqueur. Il s’est déshabillé et porte l’évidence de son envie d’Elle. Il l’a donc vue et entendue jouir!... Cette dernière pensée la secoue de très doux  frissons. Sans honte et sans gêne, avec une souplesse féline, pour L’allumer davantage encore, Elle se relève, réajuste sa robe pour retrouver une tenue décente et s’approche pour l’embrasser. Long baiser qui prend son temps dans lequel les lèvres, les langues et les salives se mélangent. Elle Le sent énervé, pressé de la prendre. Mais Elle est pour l’instant provisoirement calmée, même si Elle sait bien qu’il suffira de bien peu de choses pour qu’Elle se rallume très vite. Elle ne va donc rien précipiter et contenir sans souci son impatience de mâle en rut. Elle est bien décidée à mater  son orgueil masculin et sa sûreté de Lui pour mener le jeu comme Elle l’entend. Elle connaît les hommes dans leurs désirs. Elle connaît l’Homme dans son désir d’Elle. Elle sait que son plaisir à Elle n’est jamais aussi fort que lorsqu’Elle se fait sa servante pour son plaisir à Lui. Elle ne se soumettra donc que pour mieux Le soumettre. Le servir pour mieux L’asservir. Dans une défaite qui sera sa victoire, Il finira par lui être sien totalement dans sa reddition absolue de mâle harassé par cette jouissance très longtemps différée. Elle sait, par instinct de femme, que tant qu’Elle le dominera, Il lui restera attaché, qu’Il ne pourra pas se passer d’Elle. 
Tels sont les hommes. Ils ne renoncent jamais à une conquête dont ils se désintéressent dès qu’ils y ont réussi. Et L’Homme, en cela n’est pas différent des autres. Et tant qu’Il ne la sentira pas complètement conquise, Elle ne Le perdra pas. Elle doit donc rester maîtresse du jeu de l’amour.

Quand Elle Le lâche et s’en éloigne, Elle s’amuse de la légère contrariété qu’Elle lit dans son regard. A bout de bras, Elle Le fait tourner sur lui - même et l’examine sous toutes les coutures,  découpant du regard, morceau par morceau, ce beau corps d’homme.
Sa nuque, ses épaules, son dos, ses fesses, ses cuisses, ses mollets, son visage, son torse imberbe et musclé, son ventre plat, dur et doux, son sexe revenu au repos et qu’Elle aime tellement sentir se dresser, dans sa main, dans sa bouche, contre ses fesses quand Il s’allonge sur son dos pour lui mordre la nuque...  Elle en a le feu aux joues.
Il est là, debout, immobile, presque pétrifié, dans sa posture maladroite. Il n’ose plus prendre d’initiative et attend qu’Elle veuille bien agir. Elle le sait, et Le faire languir un peu l’amuse.

A son tour, Elle veut Lui montrer son corps. Mais sans qu’Il puisse le toucher. Son envie d’Elle en grandira encore. Feignant l’indifférence la plus complète, ne Le lâchant pas des yeux, sans l’ombre d’un sourire, presque mécaniquement, Elle extrait ses seins de sa robe, lentement, l’un après l’autre puis la laisse glisser le long de ses jambes jusqu’à terre. Ils sont désormais également nus l’un à l’autre, et offerts par avance et sans restriction aux vagues qui se préparent à les emporter. Pendant qu’Il la dévore des yeux, Elle Le sent proche, si proche que les quelques centimètres qui les séparent s’effacent. Elle respire l’exaspération qui exsude par tous ses pores.
Sûre de sa nudité triomphante, Elle est la tentatrice sûre de plaire, la guerrière radieuse et armée de toute sa séduction, prête à la conquête de l’Homme qui, quoiqu’il en pense, ne lui résistera pas. Il est à Elle, vaincu d’avance sans le savoir. Tétanisé de désir, hypnotisé par son triangle noir dans les ondulations exagérément lascives de son bassin, son regard se floute pendant qu’Elle s’exhibe dans une danse indécente qui les rapproche imperceptiblement. Femme entièrement offerte mais jamais soumise,  il ne lui reste plus qu’à cueillir l’Homme. Elle guidera les élans de ses mains, de sa bouche, de ses reins en basculant son corps pour le lui rendre accessible, Elle, captera écoutera toutes ses requêtes pour les accomplir et en jouir.

Quand Elle Le colle contre Elle, Elle Lui agrippe les fesses qu’Elle pétrit, malaxe sans douceur, griffe du coupant aigu de ses ongles. Elle absorbe par sa peau toutes les fragrances de son corps. Elle renifle son odeur sous ses aisselles, dans son cou, sur son torse.  Il lui gémit ces mots fous et sans rime ni raison qui mettent le feu au sang en fouillant ses cheveux en broussaille. Son sexe se redresse quand Elle se frotte légèrement contre Lui. Elle le prend, le serre très fort entre ses doigts et commence de lents et longs va et vient pendant qu’Il l’embrasse et l’étreint comme s’Il craignait qu’Elle s’évanouisse et disparaisse entre ses bras. `
En se laissant couler comme un serpent contre Lui, Elle s’agenouille lentement en Lui caressant les flancs. Cette tige de chair, le pénis superbe objet de toutes ses convoitises, le membre roi incarnation en gloire de la virilité que son corps, jusque dans ses moindre fibres, réclame, lui saute alors à portée de sa bouche ouverte. Elle le prend du bout des lèvres, l’abandonne, le reprend, le rejette, l’y ramène. A ce jeu là, Il tente très vite de forcer le passage. Enfin, Elle Lui accorde la profondeur de sa bouche, ourlant ce phallus sur toute sa longueur de la langue. Respirant l’odeur moite et poivrée de ses aines, Elle se remplit de ce velours, le savoure longuement. Le temps passe au rythme du sang qui y bat, puissant, rapide et régulier. Elle l’aspire jusqu’à la racine, remonte, lèche l’extrémité par petits coups rapides avec une gourmandise de chatte. Elle empaume ces deux boules lourdes et chaudes pleines de son jus d’homme. Il s’en cabre un peu avec un râle. Elle Le rejette, Le reprend, Le trempe de sa salive qui déborde. Lui, Il s’accroche à ses épaules recherchant toujours une profondeur qu’elle lui refuse à nouveau.

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L’envie de l’Homme l’envahit, l’inonde, la bouleverse, jusque dans la moindre de ses cellules. Envie d’un joyeux corps à corps, peau à peau, membres mêlés, souffles échangés, Lui sur Elle, Elle sur Lui dans un combat féroce de caresses, de baisers, de griffures, de morsures, et de tant de d’autres choses. Pour cela, il faut un champ de bataille, un espace clos, bien délimité. Sa chambre, son lit.

Elle se redresse, Lui mordille le cou, Lui prend la main et L’emporte. En se couchant à plat ventre, Elle écarte largement les cuisses pour laisser libre l’accès à son sexe fissuré qui suinte. Il s’y penche et y dépose un baiser. Il la lèche doucement, superficiellement, par petits coups de langue. Des flammèches lui en courent sur la peau, se glissent sous sa chair. Sans bouger, Elle se laisse faire, goûtant dans une hyperconscience l’instant qui coule entre ses cuisses. Elle Le devine s’emballer lui aussi, son sexe entre ses omoplates s’agite. Elle s’abime dans un univers brumeux de sensations tandis qu’Il poursuit le lent travail de sape de ses résistances. Elle sait qu’Il cherche à la faire jouir. Mais Elle ne Lui cédera pas. Elle ne Lui offrira pas cette victoire, enfin, pas encore. Toujours ce jeu qui n’en finit jamais de celui qui fera jouir l’autre avant lui. Et ce soir, Elle est bien déterminée à gagner la partie. Elle ne veut pas Lui faire le plaisir de lui devoir sa jouissance. C’est Elle qui la Lui prendra quand Elle le voudra quand Elle Lui aura donné la sienne. Pour l’instant, Elle va le diriger jusqu’à sa déflagration finale.
Elle lui échappe, se soulève un peu et guide sa main qu’elle dépose sur sa toison trempée. Elle la bloque avant de Le laisser la frôler, déraper dans la dentelle de ses muqueuses chargées d’un liquide chaud et gluant. Quand Il s’y enfonce, son désir monte inexorablement dans ses reins, se diffuse et l’envahit jusqu’à la pointe des seins. Les yeux clos Elle se laisse aller à ce toucher d’expert dans une demi inconscience sans toutefois s’y abandonner totalement. Elle est ouverte à sa force indicible qu’Elle veut faire entrer en Elle jusqu’au fond de ses reins. Mais Elle veut toujours rester maîtresse du jeu, Lui montrer une fois de plus le chemin sur la carte de son désir, Lui faire lire son corps,  décrypter ses soupirs, déchiffrer ses gémissements. Encore, longtemps. Plus Elle attendra et plus Elle jouira fort.

Elle se dérobe encore, se relève, Le couche sur le dos et de la pulpe des doigts joue sur Lui comme sur un instrument de musique dont Il serait les cordes et Elle le vent qui Le balaie de ses cheveux, dessinant de mystérieux idéogrammes, d’étranges hiéroglyphes du bout des ongles sur sa peau. Attentive au moindre frémissement, au moindre tressaillement, Elle Lui suggère tous les possibles. Traçant des cercles sur son ventre, Elle évite soigneusement son sexe toujours et plus que jamais dressé et nerveux, Le contraint à l’immobilité, Lui refuse le droit de la toucher. De temps en temps Elle pose un sein sur sa bouche qu’Elle retire très vite. Elle est le chat et c’est Lui la souris. Mais le chat ne va pas manger la souris. Le chat est entièrement concentré sur le plaisir de la souris. Nul besoin qu’Il participe. Qu’Il s’abandonne, qu’Il l’oublie, la laisse agir, selon son seul bon gré. Elle s’allume, Elle - même dans et par le plaisir qu’Elle Lui dispense sans compter. Quand Elle voudra de ses caresses, c’est Elle qui décidera où, quand et comment. Elle lui suce les tétons sachant combien cela L’attise en Le regardant de biais. Il l’accompagne comme d’habitude en se masturbant. Il n’est pas pour Elle plus beau spectacle que l’Homme qui se prend en main. Elle éprouve à chaque fois un agaçant chatouillis au plexus solaire.

S’accroupissant sur l’Homme en Lui tournant le dos, Elle pose son sexe sur sa bouche. La saisissant solidement aux hanches, Il la  lèche, la tète, lape le pollen qui s’en écoule, introduit sa langue qui, vif argent, y frétille comme une truite. Il la fouaille, la trempe entre ses fesses qu’Il écarte, revient au centre de sa vulve. Elle se frotte, l’écrase, l’étouffe. Il reprend un peu d’air rapidement pour replonger entre ses cuisses. Se penchant vers ses pieds en s’appuyant sur ses genoux, Elle s’empare de son sexe. Elle le suce, le lèche, le mordille avec une frénésie d’ogresse affamée. Amant adroit, Il sait, Lui aussi, maîtriser son impatience. Il veut l’amener à la limite de sa résistance, à son point de non retour.
Ne pas Lui céder. Non, ne pas jouir maintenant. Ne pas Le laisser la faire jouir. Se retenir, encore. Contenir son envie de l’Homme en Elle. 

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Et Elle aussi peut L’amener  au bord extrême de l’orgasme. Elle amplifie ses caresses, à la limite de l’insupportable. Sans s’en rendre compte, Il va et vient dans sa bouche par saccades presque brutales. Elle ne Le retient pas. Mais quand Elle Le sent  prêt à gicler dans sa bouche Elle se détache de Lui et cesse tout mouvement. Le temps de retrouver un peu de calme. Elle en profite pour Le contempler, fascinée. Il est là, étendu de tout son long, les bras en croix, haletant, Le corps brillant de sueur, le sexe luisant, étincelant de ses liqueurs intimes. Une goutte perle au sommet de son sexe. Elle la ramasse d’un coup de langue rapide qui Le fait gémir.

Elle Lui prend la main et le contraint à se masturber. A Le regarder, percée par des lames brûlantes, une douleur exquise la tord. Reconnaissante de lui offrir son onanisme, Elle se met debout au dessus de son visage, jambes largement écartées, ouvre son sexe entre ses doigts, dégage son clitoris qu’Elle doigte frénétiquement. Elle repousse l’instant le plus longtemps possible où Elle Le possédera, Le possédera en Elle, au fond d’Elle.   

Mue par la force toute puissante d’une avidité incontrôlable, Elle s’assoit sur sa poitrine, se couche sur Lui en glissant son humidité sur sa peau  jusqu’à s’empaler sur sa tige dure comme l’acier trempé. Il est en Elle, enfin! Ne pas bouger. Elle veut profiter de cet instant magique où  Elle l’absorbe, le serre, l’enserre, le galbe, s’y en cherchant la fusion des chairs, pour ne faire de leurs deux sexes qu’un seul. Elle prend son visage entre ses deux mains et L’embrasse d’un baiser où finalement il y a plus de tendresse que de désir. Par petites contractions, Elle apprivoise, maîtrise fait sienne, cette puissance virile qui réagit par un léger tangage du bassin qui la transperce comme un bistouri charnel quand Elle se redresse pour offrir ses seins à ses mains et Le sentir enfoncé en Elle jusqu’à sa racine. Quand Elle les écrase contre son torse, Elle imprime son bassin de légers mouvements rotatifs. Il lui répond par de petits mouvements très souples. Bouche contre bouche, ils s’entredévorent maintenantde baisers presque violents.

Quand Elle Le renverse sans ménagement, c’est le ciel qu’Elle couche sur Elle et qui lui baise le cou, les oreilles, les épaules, les aisselles, les seins. Il attend un peu avant de la pénétrer.  Elle sent sa dureté d’homme remuer doucement contre sa toison. Pour L’inviter à s’immiscer en Elle, Elle relève ses jambes, les noue haut sur son dos pour L’accueillir toujours plus loin, toujours plus profond et aboucher leurs ventres au plus près. Il l’investit avec une douceur infinie qui lui brûle les entrailles en lui caressant les lèvres avec sa langue.

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Elle accueille désormais l’Homme en Elle sans condition, le serrant très fort entre ses bras, entre ses cuisses. Un long moment, ils restent ainsi sans bouger à écouter leur souffle, les yeux noyés dans ceux de l’autre suspendus dans un intense instant d’éternité. Noces sexuelle qui les font vibrer  sur la même longueur d’onde. Il bouge en Elle en effectuant de longs mouvements circulaires. Tant de douceur la fait fondre. C’est chaud. Elle s’abandonne à l’Homme qui maintenant est le maître du plaisir qui commence à l’inonder.

Mais non! Hors de question de Lui abandonner la victoire!  Ils sont trop près du final l’un et l’autre. Le jeu ne peut plus durer bien longtemps. Il va falloir en finir. Ils n’ont plus le choix. 

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Elle Le repousse une dernière fois, se couche sur le ventre et écarte ses fesses. Il fait glisser sa tige dans ce sillon qu’Elle relève, Lui tendant ainsi sa croupe à la rondeur impeccable, béante d’impatience. Puisque le dénouement est proche, qu’ils atteignent leur acmé dans la position qu’Il préfère entre toutes. Il la pénètre sans douceur mais sans brutalité. D’un coup d’un seul Il est au fond de son ventre. Elle L’y sent battre à une cadence rapide et désordonnée. Au bord de l’explosion. Et l’air se met à flamber. La chambre se liquéfie. L’Homme s’estompe. La tête lui tourne un peu. Elle se lâche dans un cri étouffé. Déchaînée, en proie à ses seuls désirs, Elle devient absolument sauvage, animale, chienne, louve, tigresse. Elle en oublie l’Homme en Elle. Il n’est plus que ce pivot igné, centre du monde autour duquel tout son être existe et sur lequel Elle s’acharne.  Il se penche sur Elle, la mord aux épaules, à la nuque, sous les aisselles. Elle frissonne sous ses coups de reins qu’Elle accompagne. Elle serre les dents, retient son souffle. Enfin Il se crispe en Elle une dernière fois avant d’exploser comme une fusée en vol et de la noyer de ses larges et chaudes giclées de sperme. Elle reçoit ce liquide enchanté comme une offrande.
Sans prévenir, un cyclone s’abat sur sa chair calcinée. Elle est giflée de vents et de lances de pluie, zébrée d’éclairs, secouée par le tonnerre d’une intenable et aveuglante volupté qui l’anéantit pour mieux la faire renaître. Elle chante le plaisir en rafale dans un déversement de larmes et de déchirures dont la violence pendant qu’Il continue à la moudre l’emporte dans un autre part dont elle ne reviendra que dans un dernier spasme, dévastée. Elle veut bien en mourir, si mourir c’est cela, dissoute dans un univers sans autre forme que la lumière.
Dernier cri de joie. Soupirs, gémissements. Elle gît, la tête dans l’oreiller pendant que le sexe de l’Homme, devenu inoffensif, dégonfle progressivement dans le sien et s’en retire.

L’amour est fini. La nuit est devenue tendrement tiède. Silence. Le corps à marée basse,  chacun écoute sa respiration apaisée et celle de l’autre. Quand tout n’est plus que calme, douceur et volupté, le silence qui suit l’amour, c’est encore... Dans l’accomplissement, post coïtum animalus non tristus. Quelques gouttes de la semence de l’Homme s’écoulent de ses lèvres d’en bas sur le drap en lui souillant les cuisses au passage. Mais  Elle conservera en Elle et jusqu'à la prochaine fois la puissance de l’Homme dompté par l’orgasme qu’Elle Lui a donné.
Il s’écarte d’Elle en lui baisant les pieds et s’allonge sur le côté sans un mot.  Elle ne veut pas ouvrir les yeux pour maintenir cette obscurité intérieure qui prolonge le partage accompli de l’ivresse. Elle sent à peine la main de l’Homme posée sur ses seins comme pour lui laisser un souvenir pendant qu’Il s’endort, incapable de résister plus longtemps à la fatigue bienheureuse qui succède à l’amour. 
Repue de désir, de plaisir, Elle Le regarde. Il conserve tout son mystère. Elle sait que si, par malheur, Il perdait cette part de Lui - même qui lui est inaccessible, Elle perdrait toute attirance pour Lui. Et tout désir aussi. D’ailleurs, n’est - ce que du désir qu’Elle éprouve maintenant pour l’Homme?  Elle chasse très vite cette question de son esprit. L’Homme est là, contre Elle, dans sa fragilité qu’Elle ignore mais qu’Elle devine. Dans son sommeil, on dirait presque un enfant.
C’est un homme. Il est l’Homme. Elle cale ses fesses contre son ventre. Elle est bien. Heureuse.  Son Homme. Demain sera un autre jour. A vivre. Avec l’Homme. Son maître et roi qu’Elle continuera de dominer sans vouloir le connaître. Pour Le garder.

Ils dorment. Et l’amour perdure. Dans le salon, les bougies ont entièrement fondu. Sous un rayon de lune par la fenêtre, une robe rouge jetée là, sur le sol, semble respirer son odeur.


François d'Alayrac - 11 décembre 2006





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jeudi 10 janvier 2008

LETTRE POUR UN CUL

LETTRE POUR UN CUL


Madame,

Avec tout le respect que je vous dois, permettez - moi, Madame, de rendre cet hommage oh combien mérité à la partie la plus charnue de votre charmante personne. Vous avez un cul, mais un cul! L’un des plus beaux, sinon le plus beau, qu’il me fut donné de voir, de caresser, de léchouiller, de mordiller au cours de ma déjà longue vie. En aurais - je vu des culs bon dieu! Le monde en est rempli et je ne rate jamais une occasion de m’en repaître. Mais rares sont ceux qui ont, chez moi, provoqué de tels transports. Le reste de votre personne, je le reconnais, n’est pas mal du tout.

Certes, vos seins, votre ventre, vos cuisses, votre vulve dans son duvet blond, votre nuque sous vos cheveux en broussaille, votre bouche, votre regard qui se perd dans la montée orgasmique ne sont pas rien. J’aime aussi vos épaules rondes, vos bras, votre dos, vos coudes, les creux poplités derrière vos genoux, vos genoux eux - mêmes, vos chevilles, vos pieds, vos doigts et vos orteils, votre chevelure, votre voix et le cri qui monte de vous entre deux soupirs. Pour tout cela, Madame, je vous désire, je vous aime.

Mais le morceau de vous que je préfère, sans conteste, c’est votre cul. Peut - on d’ailleurs encore parler d’un cul quand on considère cette paire de fesses qui termine votre dos sous la cambrure des lombaires et d’où naissent deux jambes qui lui sont parfaitement appareillées? Non. Il ne faut plus parler de cul. Il mérite infiniment mieux. Ce serait lui faire offense. Ne penser à lui en considérant qu’il ne vous sert qu’à vous asseoir et à déféquer serait l’outrager gravement. Il est bien au delà de ces simples fonctions naturelles, je vous l’accorde, mais tristement utilitaire. Ce serait une faute impardonnable contre l’esthétique, un péché mortel. Car avec lui, nous sommes dans l’ineffable, l’indicible. Il y faut de la poésie, du lyrisme, de la musique, des chœurs de l’opéra. Seule une fugue de Jean Sébastien ou le final de la neuvième pourraient s’approcher de ce qu’il est, en donner comme une vague idée.

Regardez le! Deux demi sphères élastiques, souples et fermes de chair odorante et goûteuse d’un ovale parfait, marquées chacune par une délicieuse fossette, séparées par un fin sillon fond duquel se dissimule un oeil sombre et fermé dont l’accès m’est interdit. Je ne puis que le toucher du regard. Non! Ce n’est pas un cul, c’est infiniment plus que cela! Ah! Voir votre cul et mourir! Que peuvent donc être les sept merveilles du monde à côté de lui? Ces deux globes absolument imberbes et si proches de votre toison si fourniesont le chef d’oeuvre absolu de vos géniteurs. Dans la rue, il aimante le regard des autres hommes jaloux de moi. Les autres femmes vous en envient et vous en détestent. C’est le cul sublime et triomphant d’une superbe ogresse, affamée de son homme et de plaisir, et cela se voit, qui remonte les boulevards.

Que ne suis - je Michel Ange ou Polyclète pour le copier dans le marbre et pour l’éternité! Pourquoi n’ai - je pas le talent de Courbet ou de Modigliani pour le coucher sur la toile? Il passerait ainsi à la postérité comme celui de la Vénus de Milo. Il mérite sa place dans les musées. Car, oui, c’est une véritable œuvre d’art comme seule la nature sait en produire.  Que ne suis - je musicien pour lui composer un Te deum à faire vibrer sous les doigts d’un organiste de génie les grandes orgues de Notre Dame! Pourquoi n’ai - je pas les dons d’Ovide, de Ronsard ou de Baudelaire? Il serait alors, à travers mes poèmes, objet d’étude dans les écoles, sujet de thèse dans les universités. Il connaîtrait toute la gloire qu’il mérite.

Enveloppé dans ses dentelles, sous votre jupe, il en appelle immédiatement à mes cinq sens. Je le vois, le sens, le touche, l’entends, le goûte. J’en suis enveloppé, pénétré. J’en bande sans rémission. Non, décidément non, ce n’est pas une simple chute de reins, un cul pour le vulgaire. C’est un monde fantastique, une  symphonie de volupté, de luxe et de beauté, une étape de luxure gourmande sur la carte du désir et du plaisir.  Il attire et retient la caresse, la griffure légère qui le font frissonner.

Levez - vous, marchez, il danse! Il danse dans et avec la lumière tamisée qu’il capte dans la maison aux volets clos où vous promenez nue, sans honte, fière de lui sous le regard allumé de votre homme, dans la chaleur de l’été. A chacun de vos gestes, il  soulève sa masse, défiant toutes les lois de l’apesanteur. Allongez - vous, et il s’abandonne, s’étale un peu, se met à l’aise, certain de son effet sur moi. Il brille, il irradie dans l’obscurité de la chambre. Dans la nuit, c’est mon astre blanc où je m’illumine. Dans le jour il sourit, il rit, il joue, il m’aguiche tout le temps et en tout lieu. Surtout là et quand il m’est par définition inaccessible.

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Et je ne parle pas de sa douceur, de son moelleux dont il soupire sous ma bouche et sous mes doigts, de sa saveur de pain d’épices sous ma langue, entre mes lèvres. La jouissance passée, je l‘entends respirer calmement, rassasié, apaisé. Comme votre poitrine, comme votre ventre.

En un mot, un tel cul, c’est l’absolu, la fin et le début de tout, l’alpha et l’omega du sexe féminin. Il m’attire, me fascine, m’hypnotise, me magnétise comme les yeux du serpent. J’en suis fou, jusqu’au délire, jusqu’à l’hallucination. Il peuple mes nuits solitaires de fantasmes inavouables ici mais tout à fait masturbatoires. Et alors, je ne suis plus dans mes doigts, mais dans ce conduit obscur dans lequel je me sens délicieusement à l’étroit. J’y jouis en l’inondant de puissantes et brûlantes giclées de ce sperme gluant qui s’en écoulera doucement sur le drap quand vous serez endormie et qui vous réveillera, doux souvenir, en se refroidissant.

Pourquoi croyez - vous, que j’aime tant vous prendre en levrette? Est - ce pour le plaisir de cette position qui favorise une pénétration plus profonde? Non! Ou bien est - ce parce que j’y contrôle mieux mon éjaculation que dans toute autre position? Non plus! Parce qu’ainsi j’ai une vue imprenable sur mon pénis qui s’affole dans votre vagin? Encore non! Parce que j’apprécie particulièrement les coups de reins que vous donnez pour m’amener plus loin en vous et venir chercher ainsi des jouissances venues de très loin? Pas davantage!

Ce n’est que pour le plaisir de regarder votre cul pendant que je vous baise, d’y poser mes mains, de le caresser, le pétrir, le malaxer pendant que je vais et viens dans votre fente trempée qui me cherche. A ce moment là, il m’obsède tellement que je ne sais plus vraiment à quel endroit j’explose. Vous savez à quel point j’aime y serrer contre vos fesses ma tige luisante de vos jus d’amour et l’y frotter pour replonger en vous. Cela d’ailleurs n’a jamais eu l’air de vous déplaire.

Vous avez encore cette habitude, bien féminine, de vous endormir en me le collant contre le ventre. Mon sexe en savoure alors le contact de miel qui me pénètre jusqu’au fond du ventre. C’est un plaisir de plus quand l’amour est dit et que le sommeil nous prend. Souvent, je m’en réveille plus tard, avec une érection restaurée. Il est alors difficile de résister à la tentation. Je me colle un peu plus à vous, toujours espérant le miracle qui naturellement ne vient pas et puis je me rendors sur mon rêve.

Ah! Votre cul, Madame! Est - ce l’enfer, est - ce le paradis? Le paradis pour sûr, et inatteignable, comme tous les paradis qui pour cela deviennent enfers. Car hélas vous me refusez depuis toujours le plaisir certes indécent, condamné par la sainte église et qui jadis m’eût conduit au bûcher des sodomites, de me glisser dans son exigu orifice, de m’y enfoncer doucement après l’avoir sucé, léché, trempé d’une salive lubrifiante. Si vous saviez comme je le veux! A quel point j’ai envie de vous sentir me prendre ici. Car c’est vous qui m’y prendrez et non l’inverse en m’y tenant, m’y retenant. Et votre cul s’épanouira comme une giroflée au seul contact de mon gland qu’il aspirera comme une fleur carnivore pour absorber toute entière la colonne de ma virilité.

Madame, croyez m’en, un jour ou une nuit je saurai bien vous convaincre de m’y laisser entrer. Je vous convertirai à ce plaisir inversé que l’on dit être une douce et infinie brûlure.

Car avec un cul pareil, il faudra bien un jour, qu’enfin, je vous encule Madame.

Je vous aime et  vous embrasse entre les seins.


François d’Alayrac /  Janvier 2008. En écoutant J. S. Bach et abreuvé de thé au jasmin.

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jeudi 28 août 2008

MES DÉBUTS III

Troisième chance. Un professeur de lettres, tout aussi âgée que sa collègue philosophe mais dont la pédagogie était autrement plus réjouissante, nous a ouvert pendant les trois années de lycée, à moi et à mes petits camarades, Épicure, Lucrèce, Horace, Ovide et aux autres libertins qui leur succédèrent, risquant au pire le bûcher, au moins pire l’excommunication et / ou la prison. En tous cas la mise au banc de la société bien pensante. Elle nous transmettait avec passion et enthousiasme une sagesse vivante, gaie, charnelle, palpitante, poétique, et nous nous jetions comme des affamés sur nos versions grecques et latines. Enfin, on nous débroussaillait la route agréablement sinueuse d’une méditation jouissive. Chacun des ses cours était une verte oasis dans l’aride et mortel désert du savoir universitaire. Nous y débattions en liberté avec toute la vigueur de notre jeune âge. Elle ne nous apportait certainement pas de réponses comme autant de vérités intangibles. Elle semait dans nos jeunes cervelles les graines d’une sagesse de vie, d’une sagesse vitale, en nous ouvrant le chemin solaire de l’hédonisme dans la grisaille du lycée, chemin sur lequel nous accouchions de nos propres réponses. Nous découvrions une autre morale que la morale doloriste du platonisme et du judéo -christianisme, perpétuée par le marxisme et le freudisme, une éthique basée sur le plaisir de vivre, sur l’élégance et l’harmonie de la pensée et du geste, traversée par les pulsions de vie et refusant radicalement les pulsions de mort. Nous assimilions sans peine une pensée dans laquelle la chair et l’esprit, ne faisant qu’un, se déployaient perpétuellement, un nouvel humanisme qui réconciliait la vie avec elle - même, l’homme débarrassé des dieux avec lui - même, contre le modèle chrétien, son ascétisme rédempteur, sa misogynie, sa haine des désirs et des plaisirs, son dégoût du charnel, son sado - masochisme destiné à détruire jusqu’à l’image du corps, son pouvoir absolu du mâle sur une femelle par essence diabolique, incarnation de tous les vices. C’est l’humanisme des pré - socratiques matérialistes et sensualistes qui inventèrent en leur temps, la liberté amoureuse, la chair sans culpabilité, l’égalité libertine des sexes, les joyeuses voluptés d’un Éros léger et ludique, l’individualisme généreux et respectueux de chacun, soucieux de ne rien imposer à autrui, la vie enracinée dans la terre et tournée vers le soleil. En un mot, un humanisme hédoniste, c’est à dire porteur des seuls joie et plaisir de vivre au soleil ou sous la pluie.

Et c’est à ce moment là, comme la vie est bien faite, que je perdis mon pucelage. Enfin, une femme m’ouvrait ses bras et ses jambes, à m’accueillait dans son ventre. Premier orgasme partagés d’une longue série. Et j’ai eu une chance inouïe. La première fois est capitale. Tant pour les garçons que pour les filles. Malheureux garçons, déniaisés par une prostituée pressée. Pauvres filles dont  une brute a cueilli la fleur sans lui faire goûter le printemps. Moi, grâce à cette fille, plus vieille donc par définition, plus expérimentée, le monde de la sensualité s’ouvrait enfin. Elle fut et reste encore et pour toujours la Grande Initiatrice, la Grande Prêtresse du plaisir amoureux. J’ai sans doute, grâce à elle, évité le traumatisme de la première fois. Je lui en suis infiniment reconnaissant, car en cela elle a déterminé et libéré toute ma vie amoureuse future1 . Sans aucun doute, influence - elle toujours ma façon d’aimer, d’écrire, et de penser et de vivre ma virilité.

La belle, délicate et tendre éducatrice m’expliquait  doucement les paroles et les gestes de l’amour. Me contraignant à la patience, à contenir ma furieuse envie de la pénétrer et de jouir d’elle très vite, elle m’apprenait généreusement, sans restriction, sans arrière pensée, les joies de l’abandon, de la passion, de la confiance, de la joie explosive et débordante dans les jeux des nuages et de la pluie2 .. Elle soumettait ma brutalité de jeune mâle en rut. Elle m’apprenait la douceur, la patience, la lenteur qui donnent toute sa valeur à l’acte d’amour. Elle a ainsi imprimé profondément dans ma sexualité des valeurs oh combien réputées féminines auxquelles je n’ai jamais renoncé.

Elle ne se refusait aucun plaisir et faisait l’amour chaque fois qu’elle en avait envie et avec qui lui plaisait. Et elle ne me le cachait pas, m’expliquant que l’important étant de tout nous donner quand nous étions ensemble et que nous n’avions aucune raison valable de nous priver de toute autre source de jouissance avec d’autres.  Pour mon orgueil mal placé de jeune mâle à peine déniaisé, ce fut parfois saignant. Mais ce me fut la meilleure médecine contre le machisme et la phallocratie, l’égoïsme, la tentation du pouvoir, de la possessivité et de la soumission à l’autre ou de l’autre, la vulgarité, la jalousie, de toutes formes de bovarysme. Elle m’a entraîné dans non pas dans une histoire, mais dans une aventure amoureuse riche de vie et de jouissance, parce que sans serment, sans promesse, sans aliénation, simplement mais extraordinairement libre. Et elle n’exigea de moi, mais sans concession, que l’élégance de la liberté.

Elle me répétait souvent, dans le repos qui suit l’amour, de ne pas oublier, jamais, ses leçons. Non, je n’ai jamais oublié. Je n’ai jamais oublié qu’avant de faire l’amour avec une femme, il faut d’abord lui lire Baudelaire en écoutant Mozart. Qu’en tout prévaut la douceur, la tendresse, l’attention. Que la pénétration n’est pas une fin en soi, que si elle peut être l’acmé de l’acte sexuel, il y a dix mille autres façons de faire l’amour. Que l’amour est un appel permanent à l’imagination, une invitation constante à la joie. Toi non plus, mon fils, n’oublie pas. Tes sœurs, elles savent d’instinct. Parce qu’elles sont femmes. Pour moi, ce fut ma quatrième chance.

Cinquième chance et cela peut surprendre le lecteur. J’ai eu la chance de rencontrer quelques mégères sublimes de vertu, fleurs carnivores dévoreuses de gonades. Et la première fut ma chère et tendre mère, catholique grand teint pour laquelle en tant que mâle je représentais l’ennemi héréditaire de son genre, le mal absolu et qu’on ne pouvait vaincre qu’en le castrant. Elle s’y est employée avec une application touchante mais vaine. A vouloir trop en faire, on obtient l’effet inverse du but recherché. petit hommage à mon père. Par son hédonisme, il m’a montré l’exemple. Prétendant m’apprendre à vivre, ces femelles terribles ont tout tenté pour me faire rentrer dans le rang du conformisme et la bienséance, des codes et des rituels sociaux et familiaux, dans le carcan de la moraline  comme le dit si bien Nietzsche. Et  avec elles, que n’ai - je pas dû endurer de scènes d’hystéries, de cris, de pleurs, de menaces, de chantage, quelles tempêtes de rage, de ressentiment, de folie furieuse n’ai - je pas dû essuyer, à combien de tentatives de culpabilisation n’ai - je pas dû résister! Les insultes, les coups parfois, alors volèrent bas, très bas quand je le leu fus rinfidèle dans un réflexe de survie. On m’ordonnait de rejoindre “mes salopes, mes putes, mes pouffiasses” et j’en passe. Naturellement, cet ordre ne m’était intimé que pour mieux me ficeler. On ne ne me chassait que pour mieux me retenir. Étonnant paradoxe! Et je n’oublie cette “grandeur d’âme, cet esprit de sacrifice” quand on partait. “Tu seras plus heureux sans moi, je ne suis pas faite pour toi.” Bling! Je souffre pour ton bonheur. Regarde - moi. Et du coup, je devenais un salaud, un obsédé, un connard, un malsain, un malade qui aurait dû se faire soigner, suprême argument s’il en fut. Et elles osaient appeler tout cela de l’amour! Il y eut aussi la mise en balance des plus et des moins, toujours en faveur des moins bien sûr, petits calculs mesquins d’une âme de comptable. Comme si l’amour peut se résoudre par l’algèbre! Ce n’était en fait que trahison, mensonge, non dit, faux semblant. Nous n’étions plus soumis à Éros le vivant, mais Thanatos le destructeur était furieusement à l’oeuvre. La pulsion de mort tentait d’étouffer la pulsion de vie.  Nul n’est parfait. Comme tout le monde, j’ai eu mes faiblesses. J’en aurai, qui sait, peut être encore. Le chemin est parfois riche en ornières. Il m’est arrivé de m’incliner. Qui n’a jamais péché me jette la première pierre. Mais dans et par la douleur qu’elle provoque, la chute est salvatrice et contraint à se relever pour avancer encore, poussé vers on ne sait où, par on ne sait quoi, mais on s’en moque, la seule chose importante étant de vivre. Elles ont su me montrer, ces garces magnifiques, ce qu’il ne me fallait pas faire, ne pas être, ne pas accepter de subir, ne pas faire subir. Que de leçons inoubliables! Je leur demeure donc encore aujourd’hui infiniment reconnaissant.

Enfin, sixième chance, j’ai eu la chance de rencontrer un homme, thérapeute de son état. Thérapeute? Mieux que cela. Un véritable accoucheur d’âme et qui n’emploie jamais les forceps. Il m’a nettoyé, récuré, fait briller. Philippe, vous vous reconnaîtrez. Cette aventure ne regarde que nous et personne d’autre. Mais je tenais à vous rendre hommage ici. C’est le moins que je vous dois.

Je suis donc devenu un libertin pour tout cela et sans doute aussi par inclination naturelle. Libertinage, libertin, libertaire, liberté, l’éthymologie parle d’elle - même. Le libertinage  n’a rien à voir avec la noire débauche dont les esprits débiles, étroits et fermés, vivant dans un corps étriqué et malmené, voire martyrisé, l’habillent.  Ce libertinage là n’est qu’une perversion de l’esprit du bourgeois bobo encore englué dans les principes de la morale du judéo christianisme. Il va dans les boites d’échangistes, à l’atmosphère glauque et malodorante, chercher de bien pauvres émotions, pratiquer un adultère d’autant plus malsain parce qu’il est sous contrôle, la plupart du temps pour le seul plaisir de l’homme qui se permet ainsi de “culbuter” d’autres femmes tandis qu’en offrant la sienne à d’autres, il s’offre un plaisir pervers de voyeur pour pas cher. Naturellement, avec une hypocrisie sans limite, il explique à sa chère et tendre, oh combien humiliée, qu’il ne le fait pour  que elle, pour qu’elle s’éclate, pour sa libération. En fait, très souvent, la malheureuse humiliée dans sa chair et dans son esprit subit, quand bien même elle parvient à un orgasme qui n’est rien d’autre que lugubre mécanique. L’alcool aide à ce que la chair n’en retire pas une infinie tristesse. Et le lendemain, on se réveille avec la gueule de bois et on s’efforce d’oublier. Jusqu’à la prochaine fois. J’ai du mal à comprendre, je l’avoue, ce qu’il y a de libertin dans ces conduites auxquelles je refuse absolument d’attribuer ce vocable à ces pratiques qui ne changent rien quant au fond. Restent la dictature masculine et la soumission féminine, le mensonge, le compromis, la concession. C’est à dire le contraire même du libertinage, de son essence. Je n’oublie pas non plus la littérature biographico - pornographique  qui connaît de beaux succès de librairie mais qui n’est qu’oeuvre de névrosés qui tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes3 . Non, le libertinage ce n’est pas cela. Je n’oublie pas non plus sites de rencontres d’adultes “libérés. Être libertin, c’est s’affranchir  peu à peu des règles du vulgaire dans la conquête de sa liberté, aspirer à assumer sa singularité, son originalité, refusant les règles normatives du troupeau.  Le libertinage philosophique, c’est écrire sa propre histoire, tous le jours sous le ciel, sans en laisser le soin à d’autres. Là est la ligne de force de toute mon existence.


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MES DÉBUTS II

Dans les églises, à la messe dominicale,  je n’entendais parler sans rien y comprendre que de faute originelle pour une histoire de pomme croquée à l’invitation d’un serpent par deux rigolos qui vivaient tout nu au paradis et qui sont nos ancêtres à tous. Suivaient des histoires de femme adultère lapidée, de vierges folles ou sages, de souffrance rédemptrice et de damnation éternelle.  Le bon père franciscain qui dirigeait la séance de confession hebdomadaire était obsédé par mes éventuels mauvaises pensées et actes impurs. L’odeur du bien avait pour moi l’odeur écœurante des cierges froids et de la sueur rance du franciscain qui me flanquait la trouille. Elle n’avait vraiment aucun attrait. Et je me voyais pas en quoi c’était mal de manger du chocolat, de me repaître des odeurs et des frémissements de la nature, de me réjouir du plaisir physique à caresser un chien ou un chat, à toucher la virgule en bas de mon ventre, à loucher sous les jupes des filles, à me saouler du parfum des amies de ma mère, et la liste n’est pas exhaustive. Mais je me faisais du bien et cela c’était mal. Pourquoi? Nul ne pouvait ou ne voulait me donner une autre réponse que “parce que c’est mal, parce que c’est ainsi, parce que si tu continues le bon(sic!) dieu te punira”. Que ce bon dieu était méchant! Si le bien, c’était les relents du curé et de son église, alors combien était grande la tentation des fragances du mal! Et je faisais le mal, en toute innocence, enfant pervers polymorphe que j’étais. La peur n’y faisait rien. Au contraire. Elle y ajoutait du plaisir. Et qu’aurais - je pu comprendre à cet étrange amour du prochain? Aimer ma mère, mon père, oui, mais des gens que je ne connaissais pas, aimer cette vieille tante qui puait l’ail et l’oignon, comment faire? L’obligation d’aimer, quelle farce dont je n’ai été guère long à comprendre toute la fumisterie à entendre les grands cancaner les uns sur les autres!

Dans les familles, l’époque n’était pas davantage à l’ouverture. On n’y parlait jamais de ces choses là. La presse et sainte télévision étaient d’une pudibonderie vite affolée. Les corps dévoilés et suggestifs de la publicité n’avaient pas envahi les murs de nos citées.  Tout était dans le non dit, les sous entendus graveleux des hommes qui effarouchaient, hypocritement, les femmes. Les mères surveillaient la virginité de leurs filles, contrôlaient leurs menstrues. Elles veillaient à ce que le sommeil de leurs fils ne soit pas troublé par de pathogènes pollutions nocturnes. Vérification discrète mais efficace des draps le matin. A la moindre trace suspecte, vagues allusions par lesquelles nous comprenions que nous avions commis quelque péché ignoble. Naturellement, rapport au père tout puissant et redouté en cas de problème.

Quant à l’école... La mixité scolaire s’installait timidement, mais dans les classes, garçons et filles ne se mélangeaient pas. Chacun de son côté. Et pareil dans la cour. Juste quelques regards en chien de faïence. Ne pouvant nous rapprocher, nous nous détestions. Cela atteignit son acmé avec l’année de philo. Un vieux professeur m’assommait avec Platon, Descartes, Kant, Marx et autres Merleau - Ponty. Je ne voyais guère l’intérèt de  Malebranche, Kant, Spinoza, Marx, Sartre et bien d’autres encore. Rien n’y correspondait à mes préoccupations. Comment tous leurs grands principes visant à atteindre le monde de l’idée pure, désincarnée, auraient pu passionner un adolescent plein des sèves bouillonnantes de la vie, rêvant avec son énergie débordante de liberté sans limite, de poésie et de musique devant l’Origine du monde de Courbet? La raison raisonnante de ces gens là me paraissait aussi obscure que les théorèmes mathématiques parce que d’une abstraction totale. Oh! Mortellement ennuyeuses et inutilement perdues heures de philo dispensées par une vieille demoiselle à l’esprit aussi étriqué qu’un corps qui n’avait dû guère jouir ailleurs que dans les pages jaunies la pensée universitaire! Et dire qu’elle avait la prétention de m’apprendre à penser! Comment aurait - elle pu, avec ces philosophies  tristes, mornes et coincés, dont toute idée de chair joyeuse est à tout jamais bannie. Et j’aurais tant aimé que l’on m’explique la chair et son fonctionnement. Que signifiaient tous les bouleversements qui traversaient mon jeune être? Là était mon seul souci. Mais non, et mon année de philo n’en fut qu’une longue marche funèbre. Pourquoi Platon aux dépens qu’Épicure et  Diogène, la philosophie de l’Acropole aux dépens que celle du Jardin? Je ne nie pas l’importance des penseurs pré - cités, je ne prétends pas qu’ils ne sont pas parmi les géants de la pensée occidentale et qu’on ne peut faire l’économie de leur étude. Je consens volontiers que leurs œuvres s’intègrent de facto toute culture digne de ce nom. Certes. Je me réclame moi aussi, culturellement, de l’antique tradition hellénique et latine et j’en resterai profondément influencé jusqu’à la fin de mes jours. Ce sont eux qui ont défini ce qu’est la raison et à quoi elle sert. Mais pourquoi leur avoir accordé tout le champ de la réflexion? Pourquoi les avoir présentés comme les seuls Maîtres de l’Occident? Pourquoi ne pas les avoir mis en regard avec d’autres? Pourquoi m’avoir laissé croire qu’eux seuls détenaient la vérité, ou du moins qu’ils étaient le seul chemin vers la vérité?

La rencontre des filles finit quand même par mettre au jour, oh au demi jour, le mystère primordial qu’il me fallait percer. Commencèrent alors de longues années d’errances, d’apprentissages maladroits, le passage de la puberté vantarde qui feint un savoir qui n’est qu’ignorance. Comme à tous les garçons, ces créatures intrigantes me faisaient peur et me fascinaient. Il y eut ensuite la périodes des approches timides empreintes de la stupidité rougissante caractéristique de cet âge. Premiers attouchements, premiers baisers plus ou moins volés. Éjaculations  nocturnes, inquiétantes mais délicieuses, que je tentais en vain de dissimuler. Premiers fantasmes et premiers onanismes. Le petit garçon entrait dans une puberté exigeante. L’autre sexe devenait le centre de sa vie. Et devait le rester. Cependant la sexualité,  restait terra incognita, un continent noir angoissant mais fascinant. Les livres subtilisés dans la bibliothèque paternelle, évidemment strictement interdits, diffusaient un peu de lumière dans mes ténèbres. Même s’ils étaient parfois bien abscons. J’étais bien jeune pour aborder Sade ou Freud. Mais le mot sexe en couverture me mettait en transe. Ils ne me rassuraient donc pas pour autant, déchiré que j’étais entre mes élans vitaux que le bon docteur viennois appelle “pulsions” qu’il était si bon de satisfaire le soir sous mes draps, et l’interdit de plomb sensé les étouffer. Ah! Cette vague impression de faire mal, de ne, peut être, de ne pas être normal! Les plaisanteries grasses au sujet de la “branlette” n’en donnaient pas une image apaisante. Et quelles discussions enflammées dans la cour du collège entre ceux qui savaient, enfin ils le prétendaient, et ceux qui ne savaient pas! En fait, nous étions tous aussi angoissés les uns que les autres. Cette éducation datait du XIX° siècle et de sa révolution bourgeoise puritaine. Tout y était prévu pour nous châtrer, pour faire de nous au pire de complets impuissants, au moins pire des éjaculateurs précoces. Et on engageait les filles sur la voie de l’irrémédiable frigidité. Rien ne nous destinait à devenir des êtres libres, vivants, jouisseurs.

J’eus quant à moi, mais je ne suis pas unique, plusieurs chances. Élevé au milieu des champs dans lesquels je vaquais librement, la nature déployait autour de moi ses rythmes, ses éléments, ses couleurs, ses odeurs et ses sons. Je baignais dans une sensualité riche en sensations qui troublaient mon corps de jeune enfant qui n’y comprenait rien, mais qui n’était sans doute pas aussi innocent qu’il le paraissait. Je  perçais sans rien y comprendre les grandes arcanes de la vie avec un plaisir sans cesse renouvelé et dont je devenais gourmand. J’ai ainsi débuté très jeune ma carrière de voluptueux, poussé par une volonté de jouissance que rien n’a jamais pu dompter. Alors que je ne distinguais que très confusément la différence anatomique entre les filles et les garçons, je passais mon temps à observer l’érotisme violent qui animait la vie au naturel. Partout, tout le temps, ce n’était que parade amoureuse dont la beauté et le mystère me fascinaient. Le bref coït du moineau ou du lapin, le long accouplement d’une paire de chiens n’avaient aucun secret pour moi. Je continuais à ignorer comment on fabriquait les bébés, mais j’avais entendu cent fois le puissant mugissement orgasmique du taureau, le long hennissement jouissif du cheval. Je ne saisissais absolument pas le sens de tout cela et, bien sûr, aucun adulte ne me l’aurait expliqué. J’avais donc une relation très charnelle avec la nature, malgré mon innocence, et dont je jouissais sans retenue. Ce fut ma première chance.

Seconde chance, le grand bazar de mai 68. Même s’il n’a pas changé la face du monde, il a eu l’effet positif de faire sauter quelques verrous. Malgré la pudibonderie ambiante, les portes commencèrent à s’ouvrir. Les parents devinrent un peu plus libéraux. Les enseignants, qui pour la plupart soutenaient le mouvement du moins à ses débuts, osaient aborder avec leurs élèves des sujets considérés jusque là comme tabous. Les garçons et les filles se rapprochaient et leurs relations s’assouplissaient et se libéralisaient. Nous n’étions plus tout à fait des étrangers les uns pour les autres. La tolérance généralisée favorisait le rapprochement des sexes. La contraception qui se développait devenait accessible grâce au planning familial. Officieusement, nous avions acquis le droit de faire l’amour. Les adultes fermaient les yeux. Ce n’était pas la liberté sans limite, heureusement d’ailleurs sans doute, mais tout de même.


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MES DÉBUTS I

Quand je fis mon entrée dans le monde, en hurlant de rage impuissante un froid vendredi de février, tout cela n’allait pas de soi. La lourde chape de plomb de la morale bourgeoise recouvrait tout. Dispensée religieusement dans les églises, laïquement dans les écoles primaires et secondaires de la république, elle régnait en maître dans les familles. Essence même de toute bonne éducation bourgeoise judéo - chrétienne la culpabilité permanente, d’autant plus castratrice qu’elle n’était que suggérée pesait lourd. Nous vivions sous l’oeil vigilant et jamais relâché de nos éducateurs prompts à la taloche rectificatrice.


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mardi 6 janvier 2009

LE SEIN

Ah! J’en demande pardon à Jean - Baptiste, mais ne me cachez point ce sein découvert que j’ai plaisir à voir! Un semblable objet a sur mes sens un certain effet  et mon imagination, dans la musique de Vivaldi, met le cap sur le large.

Sorti, comme par mégarde, feinte bien sûr, dans l’assoupissement léger d’une après midi d’été, il attire, il fascine, il magnétise. je ne peux pas croire qu’il s’est échappé par accident. L’abandon n’est qu’apparent. Ma main, mes lèvres ressentent déjà sa douceur, son moelleux. Une flamme jaillit et me déchire le ventre. Je m’approche silencieusement. La flamme est retombée et un feu de bois dur me chauffe le bas ventre. Désir de vous. Mais ce sein n’est accessible qu’à qui sait l’atteindre par mille et un détours. Il n’accepterait pas une attaque frontale. Il repousserait l’indélicat.

Doucement, j’écarte vos cheveux et vous embrasse derrière l’oreille tout en caressant votre nuque. Je sens un soupir retenu vous parcourir le colonne vertébrale. Je descends dans votre cou, jusqu’à la naissance de vos seins, remonte mordiller votre autre oreille pour plonger dans votre nuque odorante comme un sous bois de printemps en tirant sur vos cheveux pour un délicieux massage. Votre cuisse  découverte par une robe haut  relevée sur vos jambes m’appelle irrésistiblement. Doux duvet à peine perceptible au toucher que je caresse à rebrousse poil. J’erre voluptueusement, longuement, dans votre nuque, dans votre cou, aux coins de votre votre bouche, sur votre cuisse, au creux de votre genou. Il fait beau, il fait chaud. Je me sens à la porte du paradis. Vous frémissez. Vos lèvres deviennent humides. Enfin j’ose! Je glisse vers ce sein découvert. Je l’embrasse, le picore, le lèche tout en évitant pour l’instant le bouton rose qui le couronne dans son aréole. Vous me saisissez aux cheveux que vous fourrager de vos doigts qui se crispent. Je libère son jumeau et je passe de l’un à l’autre. Ils durcissent, gonflent, se dressent. Enfin, j’atteins le centre. Je le caresse, le suce, l’aspire, le titille d’une langue pointue. Vous vous cambrez et relevez votre robe jusqu’au nombril. Vos jambes restent closes. J’insiste sur la frontière entre votre peau et la surface un peu grumeleuse de l’aréole. Vos jambes commencent à s’ouvrir. Je remonte votre cuisse jusqu’au bas de votre ventre. Vous êtes nue sous votre vêtement! Vous ne reculez pas quand ma main se pose sur votre sexe dont je frôle, à peine, les lèvres où perlent les coulées du désir. Au sommet, votre bouton de jade commence à gonfler. Je plonge entre vos cuisses et ma bouche s’égare dans cette dentelle de muqueuses sans que mes mains quittent vos seins. Vous êtes désormais ouverte, écartelée dans un abandon dont je sais qu’il ne durera pas. Le moment viendra où vous prendrez le pouvoir et me soumettrez à votre désir. Pour l’instant, je me perds dans votre sexe. Le visage trempé j’y étouffe, j’y respire, je m’y noie dans les replis qui peu à peu s’entrouvent. Je glisse la langue à l’intérieur, remonte jusqu’au clitoris maintenant gonflé à craquer.

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Vous gémissez de plus en plus fort. Vos doigts me griffent la nuque. Soudain c’est un fauve qui se réveille. Vous me repoussez sans douceur et vous me déshabillez sans autre forme de procès pour m’allonger sur le dos. Je bande comme un cerf. Je perds la conscience de la réalité. Le monde n’existe plus. Soulevant votre jupe, vous vous empalez sur ma tige de jade, vous appuyant sur mes épaules et offrant vos seins à ma bouche. Je ne m’appartiens plus. Je suis à vous, objet de votre seul plaisir. A vous, déchaînée, sauvage, indomptable, et belle, terriblement belle dans votre course effrénée vers l’orgasme. C’est vous qui me prenez, c’est vous qui me baisez dans une danse primitive et folle autour de ma tige dure, presque douloureuse tout en vous doigtant. Vous êtes trempée, inondée et j’en suis submergé. Je vous sens prête à jouir. Je l’espère, je l’attends, attentif au moindre signe. Mais vous retardez la jouissance pour jouir plus fort, plus longtemps. Enfin, une ultime crispation et c’est  le déferlement orgasmique qui vous enlève dans un long cri rauque venu du fond des temps avant de vous faire retomber sur moi, tigresse apaisée, ronronnante pendant que je jouis de votre jouissance.  puis votre bassin recommence à danser, d’abord lentement plus de plus en plus vite. Mes reins vous accompagnent. Je sens la semence monter. Vous stoppez tout mouvement et l’arrêter à mi chemin pour reprendre un lent mouvement circulaire par lequel vous me sucez la queue, vous l’aspirez, vous la massez. Je suis tout à la fois dans votre ventre, dans votre bouche, dans votre main. Un éclair me déchire en deux. Je hurle. Douleur ou plaisir? En tout cas délivrance bienheureuse.

Peu à peu, le calme revient. Vous me gardez en vous. Mon plaisir s’échappe de vous et coule sur moi. Avant que vous ne vous écartiez de moi, dans un long baiser.

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Lettre virtuelle

Je vous envoie, Madame, les mots fous de mes rêves, à cueillir sur ma peau quand le temps vous viendra. Vous les lirez peut être si vous avez l’envie. Votre âme en rougira  sans doute. Votre corps frémira et vous dira “poursuis”. Durant votre lecture, souvenez - vous que seuls les mots du corps font vibrer ce que certains appellent l’âme. L’âme qui au fond n’est que chair.

Je ne sais rien de vous, sauf ce que j’en imagine. Rien d’autre que quelques mots qui ont traversé l’espace internautique. Vous n’avez livré qu’un pseudo et la lumière de vos yeux. Je vous ai livré mon prénom. Je vous ai ouvert mes poèmes. Vous me connaissez donc mieux que je ne vous connais. Mais peu importe au fond. Puisque pour l’instant nous ne sommes l’un pour l’autre qu’un rêve. Et cela va nous offrir à vivre de délicieux moments. Un jour peut être le ciel nous réunira. Qui sait alors ce que nous sera la réalité? Vivons le rêve. N’est - il pas la première force de vie, notre formidable énergie vitale? Il serait, vous me l’accorderez stupide de s’en priver. D’autant que le plaisir nous en est  grand.

En attendant ce jour, ou qui sait cette nuit, n’ayez pas peur de moi. Vous me dites que mes mots vous sont doux. Vous aimez mes poèmes. D’autres viendront pour vous. Ils vous raconteront mes songes. Et ils seront charnels, je vous en préviens. Sachez que  je veille aussi à la douceur de mes mains faites pour la caresse. Je ne mords ni ne griffe. C’est une femme jadis, la première de toutes, qui m’a appris cette inépuisable patience des longues caresses.

Vous me laissez entendre que vous aimeriez me serrer dans vos bras, que je vienne me coucher sous votre couette. Voilà qui excite chez moi une imagination que l’on me reconnaît fertile! Et vous me précisez qu’à cette idée vous êtes troublée. Voilà qui m’encourage vous troubler davantage, à vous tenter. Et je vais m’y efforcer, espérant que peut être, en me lisant, vous laisserez votre main glisser en bas de votre ventre, vous vous caresserez jusqu’à la jouissance. Ce serait là la plus belle lettre d’amour que vous pourriez m’adresser! Soyez en sûre.

J’ai envie de vous et à cette seule pensée mon sexe durcit, gonfle se dresse. Je suis affamé de vous, le cœur battant aux tempes, le souffle affolé, consentant d’avance à toutes vos fantaisies et supposant que vous accédez à toutes les miennes. 

Nous sommes là, amants uniques dans leur attente comme nous le serons dans nos jeux. Et même si ce n’est pas vrai, il faut croire à cette légende du premier matin du monde. Noyés dans le regard de l’autre nous nous déshabillons avec une douceur, une retenue qui ne sont que la timidité des nouveaux amants. Lentement nous nous découvrons, mieux, nous nous dénudons l’un pour l’autre, surpris, ravis, tremblants et comme toujours la première fois, quelque peu maladroits. Nous en sourions, étonnés d’être restés, malgré les ans et les amours passés, si inexpérimentés. L’âge n’a pas entamé notre fraîcheur. Totalement nus, nous restons ainsi un long moment, immobiles, à l’écoute du seul bonheur de l’instant suspendu. Nous nous nourrissons de sa saveur, de son odeur. Le seul contact des peaux nous procure un frisson de bonheur indicible.

Je m’écarte de vous et j’y dépose de furtifs baisers. Dans votre nuque, le long de votre colonne vertébrale jusqu’à la naissance de vos fesses, sur votre flanc et je recommence en sens inverse mais en vous léchant de larges coups de langue. Dans vos cheveux, je me saoule de leurs fragrances. Ça sent la pomme verte et un discret parfum de poivre. Ils se transforment rapidement en une broussaille désordonnée sous laquelle je vous mordille la nuque et derrière les oreilles. Quelques frissons légers vous parcourent. J’en jouis.

Je rejette la couette au loin et vous m’apparaissez dans toute votre nudité triomphante. Que vous le sachiez ou non, et vous l’ignorez probablement, vous êtes superbe. Je n’ai pas assez de mes deux yeux pour vous admirer mon cher amour. Par le ciel que vous êtes belle et désirable! Me pouvant vous embrasser toute entière, je vous découpe sans vous toucher, mais le regard brûlant. Votre dos, vos fesses, vos cuisses, le creux poplité de vos genoux, les mollets, les pieds. Je vous tourne et là, votre visage, vos seins jumeaux, votre ventre, vos genoux, vos jambes. Y a - t - il une seul endroit où je n’ai jamais passé les doigts, les lèvres, la langue et même le sexe? Mais il y a surtout le triangle sombre de où se cache la fente suintante de votre corps. Avec quelle joie je l’empaume, je m’y abouche pendant que vous me prenez entre vos joues. Quand vous jouissez ainsi vous êtes femme fontaine et je lape à l’envie les sucs lourds et gluants qui coulent dans votre orgasme. Et je ne parle pas du sillon de vos fesses où parfois vous décider de m’arrimer. Plaisir rare et précieux. toujours inattendu.

Quelle merveille qu’un corps de femme! Quelle merveille que le corps de la femme que l’on désire! Quelle extraordinaire pureté d’architecture! Je n’en reviens pas. Et moi, j’ai le privilège de pouvoir le caresser, l’aimer, de pouvoir m’y planter comme un arbre dans sa terre. vous êtes ma terre, je suis votre arbre.

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Et Nous nous unissons, ma racine dans votre humus humide, à moins que ce soit l’inverse, allez savoir, dans lequel je me glisse. Et nous y faisons germer, pousser, s’épanouir dix mille fleurs de joie et de plaisir jusqu’à notre commune éclosion finale, perdus dans un monde sans autre forme que celles de la lumière. Nous savons l’art fou de trouver notre extase en cherchant celle de l’autre. Nous ne sommes pas adeptes des grands coups de reins brutaux, mais d’amples et larges mouvements de bassin qui nous transforment chaque fois davantage en boule de désir. Vous êtes le haut fourneau et je suis le métal en fusion qui se coule en vous pour vous brûler les entrailles d’une délicieuse déchirure. Rien ne nous est interdit dans nos jeux amoureux. Tout nous est permis. Nous ne nous refusons jamais rien. Nous inventons mille et mille variations de cette symphonie amoureuse. Notre imagination ne connaît pas de limite. Tous les décrire ici relève de l’impossible. En fait, pour nous, c’est toujours la première fois d’amants qui se connaissent, se reconnaissent sans même se toucher. Enfin, vous sentir palpiter dans vos muqueuses en vous accrochant très fort à moi pour qui c’est parfois à la limite de la douleur. Vous jetez alors un cri rauque destiné au ciel qui nous couvre. Calmée, vous me suppliez de venir mêler ma jouissance à la votre. Je ralentis alors le rythme et amplifie mes mouvements. Je sens la semence monter de très loin dans ma verge pour venir, dans une explosion de volcan, inonder le profond de votre intimité.

Vous vous recouchez sur le ventre et je pose la main sur vous pour l’y laisser aller selon son inspiration. Je ne la contrôle plus. Elle vient, elle vient, elle vole, effleure, appuie sa caresse, trace de mystérieux signes kabbalistiques. Ma main folle de vous est vive, légère. Je veille à ce qu’elle ne vous soit jamais pesante. Suggérer, juste suggérer tous les possibles que je laisse à votre convenance. 

Le désir nous a pris. Un désir très doux, sans violence. Il s’est introduit en nous, entre nous, sans que nous n’y  prenions garde. Le bas de votre ventre est trempé et le mien porte une éloquente dureté dressé à votre gloire. Longue et lente plongée dans le regard de l’autre. Intense dialogue muet dans lequel nous échangeons dix mille choses impossibles à verbaliser. La communication silencieuse possède un champ infiniment plus vaste que la parole. J’ai envie de toi avec les yeux est autrement plus puissant que n’importe quel mot. C’est là un domaine réservé aux amants de talent que nous sommes.

Mais ce soir, vous êtes fatiguée. Nous en resterons là et nous nous endormirons heureux et reconnaissant que l’autre existe parmi les milliards d’habitants qui courent sur notre bonne vieille planète. Demain matin, sans doute, vous me réveillerez avec vos doigts, avec vos lèvres, avec votre vulve affamée de moi. Vous fermez les yeux sur un dernier baiser, presque chaste.

A demain.

Dix mille baisers fous et dix mille fleurs.

Votre Prince.

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jeudi 30 avril 2009

FAIRE L’AMOUR

Je t’envoie, ce soir, en ton absence, les mots fous de mon rêve, à cueillir sur ma peau, quand le temps nous en reviendra. Tu les liras peut être si tu en as l’envie. Tu en rougiras sans doute. Tu en frémiras et me souffleras “poursuis, tes mots sont frôlement de plume sur mon dos et j’en tremble”.

Tu sais, j’ai connu bien des femmes avant toi. Si certaines furent décevantes, la plupart  furent femmes éblouissantes. Cependant, malgré leur art consommé d’aimer, aucune n’a pu t’égaler. Pas une, je te l’assure, n’a eu cette jubilation du désir, cet instinct du plaisir, le tien et celui de l’Autre, cette subtilité dans la  volupté. Nulle n’aura fait montre de cette générosité dispendieuse dans les caresses qui arrivent infailliblement au bon moment au bon endroit. Amante prodigue, tu dépenses, tu te dépenses, tu me dépenses sans compter. Par quel miracle chez toi, le don n’épuise jamais une richesse en perpétuelle expansion? Pas une ne s’est concédé et ne m’a concédé tant de liberté. Jamais la mise en scène n’a été aussi somptueuse dans sa spontanéité, sans tromperie, sans masque, dans l’honnêteté totale d'être simplement ce que nous sommes. Dans l’alchimie de l’amour, du sexe et des sens, de tous les sens dans leur acuité extrême, tu sais faire de la luxure une œuvre d’art. Faire l’amour avec toi, c’est me projeter au delà de moi - même, dans la joie de la chair accomplie conjuguée à la chair accomplie.

Ton corps. Ton corps d’épices. Ton corps respirant, ton corps transpirant, ton corps soupirant, ton corps gémissant, ton corps hurlant, ton corps enfin parlant, parlant ce langage qui n’appartient qu’à toi et dont je suis seul à pénétrer les arcanes. Ton corps hypnotiseur, abandonné dans le sommeil ou en attente vive de la caresse quand il vaporise cette imperceptible vapeur qui est son haleine intime. Ton corps que je découpe au scalpel de mon regard.  Architecture merveilleuse de précision. Ton visage familier et toujours surprenant, tes seins, jumeaux légèrement dissymétriques, ton ventre, tes genoux, tes jambes, ton dos, tes fesses, tes pieds, ton sexe de dentelle, triangle blond où se cache sous la toison le centre de toi - même.  Là est le seuil de la porte toujours ouverte sur la seule jouissance de vivre et qui m’accueille en pleurant d’allégresse. Quand tu jouis sous ma bouche, tu es femme fontaine. Et je suis gourmand de ces jus lourds et gluants qui coulent dans ton orgasme. Et je ne parle pas du sillon de tes fesses où parfois tu décides de m’arrimer. Plaisir rare et précieux. Toujours inattendu. Ton corps. Fascination, envoûtement. Y-  a - t - il une seul endroit où je n’ai jamais passé les doigts, les lèvres, la langue et même le sexe? Ton corps qui exige de moi  l’attention la plus scrupuleuse à ses frémissements qui sont autant d’invitations à t’aimer. Tu soupires qu’il n’a plus la fraîcheur, la fermeté de la jeunesse, qu’il n’a plus la même légèreté et qu’il subit l’usure du temps. Mais il n’est alourdi que des traces de l’histoire de ton intimité, de tes blessures, de tes jouissances. Ses marques sont tout à la fois le paysage de ta vie et le voyage dans lequel je te lis. Voyageur attentif, j’en suis, de mes ongles coupés courts, tous les chemins secrets, labyrinthe où se cachent les oasis offertes à mon errance sans fin. Ton corps enfin, mon domaine secret, où je laisse à chaque fois  le fer rouge indélébile de l’étreinte. Son feu qui nous consume ne produit pas la cendre, mais la lumière qui nous habille, nous embrase et qui nous fait danser au delà de la raison.

Ainsi, tu es femme de chair et de sang. Ta chair est ton âme, visible, palpable, goûteuse, odoriférante, audible dans ses frissons d’eau vive sur les rochers. Tu es femme solaire, libre, incarnant cette beauté rare que tu diffuses autour de toi, que tu vaporises  sur moi comme un parfum. C’est ainsi que tu as réussi à me réconcilier avec mon propre corps contre lequel je suis resté fâché si longtemps. Je n’ai plus honte de ma nudité désormais. Et je m’en sens homme, homme réalisé.  Et j’en consens d’avance à toutes tes fantaisies supposant sans aucun risque d’erreur que tu accèdes à toutes les miennes.

Pour moi vois - tu, c’est toujours l’étonnement de la première fois. Avant même de te toucher, je dois te reconnaître  te redécouvrir pas à pas, refaire à nouveau le chemin si souvent parcouru et pourtant resté mystérieux, reconstruire sur le souvenir gardé du jour précédent la réalité de ta peau et de ses frissons. Il me faut me blottir sans brutalité dans la chaleur animale de ta tendresse, me soumettre à toi, l’insoumise, la sauvage, l’indomptée même si tu me mets à l’affiche dans ton lit. A chaque fois, tu ne m’apprends pas à faire l’amour, j’ai, depuis longtemps, trouvé le monde d’emploi. Avec la perversité de ton innocence, sur tes routes de la soie, tu m’apprends à aimer  à ne plus me contenter de faire, mais à être. Tu me transmets l’art fou et merveilleux de trouver l’extase dans l’inflexible volonté de trouver celle de l’autre. Faire l’amour avec toi est une chose très belle, très douce, très simple et très joyeuse. J’y suis vivant et sincère jusqu’aux os parce qu’entre nous, en nous, sous tes doigts du désir est né l’amour.

Dans chacun de tes gestes où tu te déploies, me déploies, naturellement, c’est la fusion absolue de la liberté illimitée. Rien ne nous est interdit dans nos jeux. Tout nous est permis. Nous ne nous refusons jamais rien dès lors que ce n’est pas au désagrément de l’Autre. Tu m’ouvres tes bras, tes jambes, tu m’offres ton ventre, sans le moindre calcul. Par  pure envie de moi tu prends ma bouche et le monde bascule. Nous inventons alors mille et mille variations d’une symphonie amoureuse dont nous sommes tout à la fois la partition, l’instrument et le virtuose. Notre imagination ne connaît pas de borne. Il suffit que tu te penches sur moi et  les choses se mettent en place, se déroulent sans que l’on n’y pense. Nous ne faisons l’amour qu’avec cette force qui n’est jamais violence mais dont rien ne peut faire reculer la douceur. C’est toi qui glisses ma racine, au moment que tu as choisi, dans ton humus détrempé pour que nous y faire germer, pousser, s’épanouir dix mille fleurs de joie qui crépitent. Jusqu’à la déflagration finale qui nous lance dans un monde sans autre forme que celles de la lumière. Nous sommes deux guerriers au combat. Vaincre l’Autre, c’est le faire jouir et pour en appeler à sa vengeance. Et le jeu continue pour la gloire du vaincu désormais maître du champ de bataille où le provisoire vainqueur finit immanquablement par lui rendre les armes. Ainsi, souvent, je te sens palpiter dans tes muqueuses en t’accrochant très fort à moi pour qui c’est parfois à la limite de la douleur. Tu jettes alors un cri rauque destiné au ciel qui nous couvre.

Là est mon triomphe. Tu as jouis. Mais ton orgasme ne peut pas être complet sans le mien. Calmée, mais d’une inexorable détermination, tu m’imposes le rythme et le balancement de tes hanches en me suppliant de te prendre, de te baiser, de mélanger nos plaisirs.  Cruel je te résiste, te fais attendre. Je franchis en t’inondant. Enfin comblée, tu me gardes en toi, sur toi. Comme une fleur qui s’endort, tes cuisses béantes toute à l’heure se replient sans hâte autour de mes reins. Nous restons ainsi, siamois immobiles noués par leurs sexes, épuisés et repus de nous - mêmes, à reprendre notre souffle, suspendant le temps dans les yeux de l’autre, dans l’exquise lassitude qui ralentit quelques instants l'enthousiasme de la passion. Dans cet instant, et peut être plus que jamais, l’amour demeure une invitation constante à la joie de vivre.

Intense dialogue muet dans lequel nous échangeons dix mille choses indicibles dans l’exultation d’être toujours ensemble. La communication silencieuse possède un champ infiniment plus vaste que la parole. “Je t’aime” dit avec les yeux est autrement plus puissant que n’importe quel mot. Notre silence est musique extatique avec son poids, sa senteur, sa présence, comme une pression, sa puissance qui se meut autour de nos corps, matière extensible, rétractable mobile et conductrice des flux, des vagues qui continuent à nous agiter.

Dans cet espace de mots au delà des lèvres, tu échappes à mon étreinte pour te coucher sur le ventre, encore en demande. Je pose la main sur toi pour l’y laisser aller selon son inspiration. Je ne la contrôle plus. Elle va, elle vient, elle vole, effleure, appuie sa caresse, trace de mystérieux signes kabbalistiques. Ma main folle de toi est vive, légère. Je veille à ce qu’elle ne te soit jamais pesante. Suggérer, juste suggérer tous les possibles à venir que je laisse à ta convenance. Tu fermes les yeux sur un dernier baiser, presque chaste. A ce moment là, la vie, le monde nous appartiennent. Nous pouvons nous endormir. Demain matin, sans doute, tu me réveilleras avec tes doigts, avec tes bras, avec ta vulve affamés de moi, affamés de toi, affamés de nous.

Après l’amour, le jeu ne cesse jamais. Les anges passent. Eux sont bavards et ils témoignent que nous avons l’apanage du bonheur qui est celui des amants de talent,  que je t’aime et que je désire, que je te désire parce que je t’aime, que je t’aime parce que je te désire. Et que je te resterai amant fidèle ne pouvant définitivement partager qu’avec toi les avants, les pendants, les après, tous si délicieusement fous.

Ton absence, ce soir, m’aura plombé. Mais il y eu les mots du rêve.








François d’Alayrac / avril 2009

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lundi 20 juillet 2009

LES CÉLIBATAIRES AMOUREUX I

Leur rencontre a eu lieu ici, là ou encore ailleurs, conséquence de la grande et de leur petite histoire. Il faut tout à la fois si peu et tant de choses! Il leur aura fallu tellement de chemins où l'on se fourvoie, tant de culs de sacs perçus comme des autoroutes, de sens uniques pris à contre sens, de marées descendantes qu'ils croyaient montantes, de retours en arrières pour en arriver enfin  à ce point précis et inattendu de l'évidence qu'ils ne pouvaient que se trouver et que cela était prévu de toute éternité. C'est de ce même point qu'ils émergèrent de ce chaos sentant l'eau croupie et dans lequel ils tentaient, en se débattant avec l'énergie du désespéré,  de surnager.

Ils surgirent l'un à l'autre au sein d'un temps mythique, ce temps d'avant l’invention d'un dieu désincarné et violent, de son péché originel, de sa morale castratrice, de ses prêtres nauséeux, de leurs vertus malodorante et de leur culpabilité évangélique. D'un temps d'avant que l'amour fut mis en cage par la loi des hommes, d'un temps d'avant le refoulement de la passion, d'un temps sans mémoire où tout devait être, à chaque fois, découvert. Un temps en deçà du bien et du mal.

Ils n'étaient alors sûrs de rien. Mais ils commencèrent à construire leur légende, avec la foi du charbonnier. Même si ce n'est pas vrai, ils croient toujours que le monde a commencé dès leur premier matin. Ils entretiennent avec lui d'étranges correspondances entre ombre et lumière, faites de vents, de rêves, de désirs. Ils savent bien qu'il n'est plus rien de neuf sous le ciel depuis longtemps, que leur histoire est vieille comme l'humanité, et pourtant, pourtant ils se veulent tout à fois peintres, sculpteurs, musiciens, poètes de leur vie, à chaque instant, jusque dans leurs étreintes, pour en faire une nouveauté. 

Déterminés à éviter les contingence et la médiocrité du quotidien, les douceurs fades qui font les délices de la masse tristement copulatrice, évitant les caniveaux canins et nauséabonds d'un conjugo synonyme d'ennui et de lassitude réciproque, ils n'ont pas de maison, mais chacun a son territoire farouchement défendu. Il l'accueille dans son lit, elle le reçoit dans le sien, avec une hospitalité généreuse et sans calcul, une hospitalité d'amants toujours en attente et qui ne visent que le simple et pur plaisir d'être ensemble. Chacune de leurs rencontres est toujours la première fois. Spontanément mise en scène, ils sont tout à la fois scénaristes, acteurs, réalisateurs et spectateurs de fêtes amoureuses où se cultive à l'envie l'art de vivre et d'aimer, d'aimer vivre et de vivre d'aimer, de fêtes amoureuses où la vie,  n'est plus qu'un jeu, une aventure joyeusement voluptueuse à ne surtout pas prendre au sérieux, dans un débordement perpétuel de rires mouillés de pluie et inondés de soleil, de mots cueillis à même la peau, dans le jaillissement impétueux du vivant qu'ils respirent comme si chaque  seconde passée ensemble devait être la dernière. Ils considèrent qu'ils n'ont rien à perdre. Et qu'ils peuvent courir tous les dangers qui leur sont nécessaires. Le temps qui passe, ils le savent bien, les laissera malgré tout intacts. Ils auront toujours autant de rêves, de projets, d'espoirs, de désirs, qu'au jour de leur naissance de jumeaux. La vieillesse et la mort sont congédiées. Ils disposent, dans l'ici et maintenant, de ce futur qui n'appartient qu'à eux, situés entre ce qui est fini et ce qui commence, débarrassés du passé. Autrement dit, de l'éternité qu'ils ne se sont jamais promise.


Ce qu'ils écrivent ne sera jamais un de ces romans de gare à la guimauve qui font pleurer les midinettes. Nulle illusion, nul bovarysme, nulle jalousie, pas de menace, de chantage, d'exigence, de haine, de ressentiment, de lutte pour le pouvoir, de manipulation, d'exploitation, d'interventionnisme dans la vie de l’autre que l’on veut à son image. Ils ne peuvent se concevoir nulle part ailleurs que dans la réalité de leurs corps. Dans leur rapport à l'Aimé par lequel ils ne se sentent jamais menacés ni dans leur intégrité ni dans leur liberté, ils ne portent pas de masque.  Seul l'amour pur et dur, sans concession, bien au delà des pâles variations du compromis quotidien, sans fuite dans l'imaginaire. Ils savent pressentir, reconnaître, débusquer les forces nocturnes de l'usure et s'en prémunir quand bien même cela leur est douloureux.

Ils sont les enfants rares, donc précieux, d'une race de chats qui s'apprivoisent l'un l'autre des griffes et des dents, au fil des jours, mais qui, inaptes à toute forme de dressage, ne cherchent jamais à se domestiquer mutuellement, d'une race de chats dont ils ont naturellement dans leurs jeux la souplesse et l'élégance. Autonomes, ils se donnent leurs propres lois sans se soucier des règles établies du troupeau ruminant ses angoisses. Ils sont de ces êtres innocents et pervers, primitifs et ardents, qui ne se vivent ensemble que liés par la force de leurs instincts, instincts du corps, instincts du coeur. Ils ne peuvent vivre que dans la sensualité, ils n'ont d'autre combat qui vaille que celui du bonheur c'est à dire pour la vie, la vie en perpétuelle expansion.

Ces deux là s'aiment sans autre serment tacite que celui de la fidélité absolue à eux mêmes. Les petits mensonges, les vanités ridicules, dont on ne peut obtenir de l'autre que de bien pitoyables avantages, ne fait pas partie de leur panoplie de séduction. Entre eux il n'y a pas de contrat. Signer un contrat, ce serait recevoir un esclavage et une servitude contre nature, indignes de leur fierté de n'abdiquer jamais leur souveraineté. Par contre, chaque mot, chaque geste ont une valeur inestimable qui les enrichit tous les jours. Chacune de leurs paroles est un pacte indéfectible avec l'autre, une décision d'engagement à rester à la hauteur quand bien même se  seraient - ils fourvoyés au fond d'un abîme, de demeurer une histoire unique, sans double, sans duplicata possibles. Ils jouissent de ce luxe inouï de ne se complaire que dans l'élégance qui amène toujours la parole et / ou le geste opportun au moment opportun, dans la magnificence de la prodigalité, le tragique aussi parfois. Car s'ils recherchent le plaisir, ils ne fuient jamais la nécessaire souffrance qui ne menace pas de les tuer mais qui les rend plus forts. Ils ne promettent jamais au delà de ce qu'ils sont sûrs de pouvoir tenir. Ils n'ont jamais cru en ce paradis amoureux où un plus un ferait, contre toutes les règles de l'arithmétique humaine, un. Ils sont deux, indéfectiblement deux.

Leur amour n'est évidemment pas du granit gris et immobile des menhirs bretons mais de l'argile souple et malléable des modeleurs. Il est par essence, changement, mouvement d'énergie, de vitalité, mettant en jeu les forces qui les dépassent et les entraînent vers un inexploré partagé et pour lequel ils n'éprouvent aucune crainte. Il est abondance de parfums, de lumières, de sons et de couleurs dans un ciel sans cesse changeant parce qu'à susciter chaque jour. Dégagés de toute nostalgie des jours anciens et sans préoccupation anxiogène de l'avenir,  recherchant toutes les occasions de se réjouir, ils privilégient le seul présent, l'immédiateté concrète du corps, de son désir, de son plaisir, l'ici et maintenant jubilatoire, dont ils extraient toute la jouissive quintessence qui s'offre dans toute son incarnation. Là sont leur singularité, leur suprême distinction, leur style qui est leur vertu.

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Posté par francoisdalayrac à 09:40 - Nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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